La cité des oiseaux 4
Chapitre 4
La cité mourante
Chacun a son plan, chacun a son idée. Dans la salle des Merveilles règne la plus grande des cacophonies.
Chaminoute n’est pas en reste. Elle aussi essaie de se faire entendre, plaçant de temps en temps un miaou prononcé.
Kayama tente tout aussi vainement de dire sa révolte face à ce qu’elle a vu.
Arca le plus grand des océanes attend.
Et mille oiseaux piaillent.
Moi, je regarde, le sourire aux lèvres. Je sais que tous finiront par se calmer. Adeline, de l’autre côté de la grande table centrale, m’observe. D’un geste du doigt elle me signifie qu’ils sont tous fous. J’approuve de la tête.
À midi juste, la cité des oiseaux accomplit un quart de tour sur elle-même. Cela signifie pour la gent ailée que la séance du conseil est levée. Arca profite du silence qui suit pour parler.
— Amis des cieux, quel est donc ce brouhaha qui a assourdi mes oreilles pendant deux longues heures complètes? Le moment est grave. Il est temps de partager nos idées afin de dresser un plan pour mettre fin aux activités des villes usines.
— Personne n’est assez fort pour arrêter les villes trains, dit une océane. Sinon ce serait déjà fait.
— Non, dis-je. Personne n’a essayé jusqu’ici. Surtout personne n’a cherché à savoir si cela était réalisable.
— Ce qu’il nous faut, dit l’océane aveugle c’est déterminer le ou les principaux points faibles des cités.
— J’en vois au moins deux, dit Adeline.
Tous les regards se portent sur elle.
— Un, les villes sont lourdes, très lourdes. Deux, leur survie dépend des gigantesques rails sur lesquelles elles se déplacent.
— C’est exact, approuve Arca. Elles peuvent avancer et reculer, et ne peuvent tourner que suivant une courbe extrêmement vaste.
Juste à ce moment, la session est interrompue par un extraordinaire craquement.
— Ça vient de l’Est, dit Arca. La grande arche va lâcher!
Je me précipite aussitôt à l’extérieur. Des pas derrière moi me signalent que Kayama et Adeline me suivent. Chaminoute ne doit donc pas être bien loin. Nous rejoignons notre nuage. Il ne nous faut que quelques secondes pour décoller. La chatte déplie une carte de la cité des oiseaux qu’elle a récupérée je ne sais trop ou. «C’est là», me dit-elle en désignant d’une griffe une partie précise de la ville céleste. Je règle notre cap sur les indications de la carte.
Il nous faut une douzaine de minutes pour atteindre la grande Arche. Plusieurs centaines d’oiseaux nous accompagnent.
— Regardez, lance Adeline. Toute cette partie de la cité va s’effondrer. Plus rien ne peut la sauver.
Plusieurs des colonnes finement ouvragées qui soutiennent l’arche sont brisées.
— Est-ce vraiment la fin ? demande Kayama qui semble atterrée.
Le peuple oiseau tourne silencieusement autour de la construction endommagée en un long vol, se laissant porter par les courants ascendants. De notre côté, nous nous contentons d’observer impuissants cette scène. Sous nos yeux attristés une fine tour en dentelle de grès noir bascule dans le vide.
— Est-il encore temps de sauver la cité? me demande Arca qui est venu se joindre à nous.
— Je n’en sais rien, dis-je. Je l’espère.
Lorsque nous retournons à la salle des Merveilles nous avons tous le cœur lourd. Le spectacle de désolation que nous venons de voir ne peut s’oublier. La dernière des cités célestes meurt devant nous et il n’y a rien qui puisse la sauver, à moins d’un miracle…
