Dans la cité d’Aspara 2
Et puis les murailles se sont dressées devant nous, imposantes et mystérieuses. Quel peuple, quelle civilisation, quel secret se protégeait du regard des hommes derrière ces pierres plusieurs fois millénaires qui s’étendaient d’est en ouest jusqu’à l’horizon ?
Mon guide me désigna un point loin vers l’est. Je compris que ce devait être la porte de la cité. Son engagement prenait fin. Je lui payais son du, et même un peu plus. Je connaissais les coutumes de la région et peut-être un jour aurai-je besoin à nouveau de ses services.
L’entrée de la cité était aussi monumentale que je m’y attendais. Des sculptures de chats et de créatures inconnues en ornaient tout le pourtour, surgissant de la pierre avec une telle expression de vie que je ne suis par certain que j’aurais différencié un vrai chat de cet ensemble de créatures inertes.
Aucun signe de vie ne filtrait de la ville. Je fis quelques pas dans la ruelle. Elle s’avançait entre les maisons blanches, hautes de deux ou trois étages, qui s’alignaient de chaque côté de manière presque ininterrompue. Après un long moment d’observation je m’aventurai plus avant.
Parfois s’ouvrait entre les bâtisses un passage ténébreux, juste assez étroit pour laisser passer un homme de corpulence moyenne. La rue séparait Aspara en deux. En dehors des passages étroits aucune ruelle ne venait la couper. Comme pour garder un peu plus secret ce qui se dissimulait derrière ces murs presque aveugles. Je poussais quelques portes. Dans la pauvre lumière qui parvenait à s’infiltrer, je distinguais invariablement une table, quelques chaises, un ou deux coffres de bois, une paillasse. Le mobilier était toujours des plus sommaires.
J’ai parcouru l’unique voie principale d’un bout à l’autre avant de me glisser dans un des étroits passages. La lumière de ma torche électrique avait du mal à déchirer le voile de ténèbres et je devais avancer lancement. Parfois un trottinement me laissait deviner la présence de bêtes. Des rats peut-être, mais jamais ma torche ne parvenait à saisir aucune forme en mouvement.
De temps en temps le mince passage bifurquait sans que je ne découvre jamais la moindre porte d’un côté ou de l’autre. J’ai du marcher dans l’obscurité plus de deux heures avant de découvrir une ouverture dans le mur de droite.
Je m’apprêtais alors à retourner sur mes pas. Je crois qu’à ce moment là, quand la lumière a révélé la porte, j’ai poussé un soupir de soulagement.
Je me glissais dans un boyau bas de plafond et débouchais sur une belle place ombragée, ornée de nombreuses sculptures. Le soleil était encore haut dans le ciel alors que je pensais qu’il faisait déjà nuit depuis un bon moment. Ici les maisons étaient toutes différentes les unes des autres avec d’étranges façades qui les faisaient ressembler à de gigantesques démons grimaçants. Un chat s’approcha de moi et vint sentir mes chaussures déchirées, avant de repartir. Je me sentais à la fois rassuré et tout de même un peu inquiet de découvrir de la vie en ce lieu.
Je suis entré dans une maison, au hasard. Ici tout était luxueux. Marbre, boiseries, grès noir, bronze doré, pierreries… Tout ici renvoyait d’un coin à l’autre, mille lumières, et chaque meuble richement ouvragé reflétait chaque détail de la pièce. Un escalier conduisait aux étages. La maison semblait avoir été désertée quelques minutes auparavant seulement. Dans la cuisine, de la nourriture attendait. Fruits et légumes étaient frais.
Ou donc étaient passés les habitants ? Était-ce mon arrivée qui les avait fait fuir ?
Derrière il y avait un petit jardin soigneusement entretenu. Avec un puits au milieu. En dehors du mobilier je ne découvris pas d’objets manufacturés.
J’ai parcouru Aspara dans tous les sens, pendant trois jours et trois nuits. Je dormais à peine. J’explorais chaque maison dans ses moindres détails, en vain. Le secret d’Aspara m’échappait. Jusqu’à ce qu’un matin je découvre La Bibliothèque. Comme si elle avait surgi du sol pendant la nuit. Immense. Imagine des kilomètres de rayonnages, du sol au plafond, surchargés de manuscrits. L’écriture ressemblait à un mélange de runes et de caractères cunéiformes. J’ai pris une pile de documents au hasard et les aient enfouis dans mon sac à dos. Dans une salle, trois grosses clés étaient posées sur une table. Machinalement, sans trop savoir pourquoi, je les ai glissées dans une de mes poches. Et je me suis enfui. Un peu honteux de mon larcin…
John s’est de nouveau tourné vers la fenêtre avant de constater :
— Il y a vraiment beaucoup de chats dans ton quartier.
Sur ces mots il s’est dirigé vers le porte-manteau, a enfilé son imperméable et est parti.
(A suivre)
