La cité des oiseaux 5
Chapitre5
Dernier espoir
Je n’aurais jamais pensé assister de visu à la mort de la cité céleste. Cela a quelque chose de terrifiant.
La séance du conseil reprend sur un silence pesant.
— Nous ignorions que la situation avait atteint ce point de gravité, constate Arca. D’après ce que nous venons de voir, le temps presse de plus en plus.
Tout le monde approuve de la tête mais personne n’a envie de parler. J’ai moi-même du mal à rassembler mes idées.
J’écoute vaguement l’océane aveugle faire le point des discussions avant l’interruption du Conseil. Tandis qu’Arca parle de sa voix claire et précise, un vague plan commence à se dessiner dans ma tête. Lorsque le silence revient je prends la parole:
— Je crois que mon amie Adeline a mis le doigt sur la principale faiblesse des villes: elles sont lourdes, très lourdes. C’est donc sur ce point que nous devons nous appuyer pour mettre un terme à leur progression insensée.
Un long flottement suit mes propos. Personne ne semble voir ou je veux en venir. Je demande:
— Si l’avant d’une de ces villes trains était irrémédiablement bloqué, au point de ne vraiment plus pouvoir bouger ni dans un sens, ni dans l’autre, que se passerait-il?
— C’est déjà arrivé une fois, se souvient un goéland. Les hommes ont découpé pendant plus d’une année la partie morte et la cité est repartie en arrière.
— Ils sont donc capables d’amputer les villes si besoin est, dis-je. Et de tenir plus d’un an sans avoir besoin de ressources supplémentaires.
— Non, dit un autre goéland. Aujourd’hui une ville ne peut guère espérer survivre plus de quelques semaines. Elles sont devenues trop gourmandes en énergie. Il leur en faut toujours davantage.
— Oui, approuve Arca. Leur besoin est devenu incommensurable.
Je demande encore:
— Quelles relations entretient la gent ailée avec les animaux fouisseurs?
Je sais qu’avec cette question je vais toucher un point sensible, mais le peuple des airs devra dépasser certaines réactions ataviques s’il veut sauver ce qui reste de la cité céleste.
— À vrai dire, et comme vous devez vous en douter, répond Arca, nous n’entretenons pas de très bonnes relations. Nous sommes parmi leurs principaux prédateurs. Mais je crois qu’ils apprécient encore moins les humains des villes usines.
— Il faut donc négocier avec eux.
— Ils refuseront de traiter avec nous, dit un faucon.
— Qui envoyer à leur rencontre, sans les effrayer, alors?
— Il me semble que Kayama est bien perçue par les animaux, dit Adeline.
— C’est vrai, dit la jeune femme. Les animaux viennent facilement à moi. Mais je serai incapable de me débrouiller toute seule.
— Chaminoute peut t’accompagner, dis-je.
— Mais, s’inquiète Kayama, comment prendrons-nous contact avec les animaux fouisseurs?
— Après demain, répond Arca, un océane vous conduira loin dans le Sud, jusqu’au tertre du roi des taupes, et vous abandonnera là. Vous devrez attendre jusqu’à minuit. Ce sera pleine lune, un des rares moments où le roi quitte son palais souterrain. Après ce sera à vous de faire ce qui se doit. Le lendemain matin, un autre de mes fidèles viendra vous chercher. En espérant que vous mènerez à bien votre mission.
— Et si le roi des taupes refuse de discuter?
— Alors nous n’aurons plus qu’à attendre la mort de la cité céleste.
