La météorite de Gerland 1
Voici le travail réalisé avec un groupe d’enfants de Gerland (Fériale, Aurissia, Sarah, Emma, Warda, Hamza, Abdel-Malik, Liamine et Thibault), lors d’une série d’ateliers d’écriture, en 2006/2007.
Bien sûr, la version présentée ici est ma propre version de l’histoire que nous avons créée ensemble.
La difficulté, lorsqu’on conçoit une histoire avec des enfants, vient de ce qu’ils ne perçoivent pas la réalité de la même manière que les adultes.
Dans un récit où la fantaisie tient un grand rôle (comme dans Les jumeaux et le monde en guerre, une nouvelle écrite avec un autre groupe) il est facile de suivre le scénario de base. Cela devient plus difficile lorsque le thème se veut plus dramatique et surtout doit s’ancrer dans un quotidien proche.
L’effet de réel et la vraisemblance de l’histoire demandent alors un réajustement de certaines scènes.
J’ai essayé de suivre ici le scénario des enfants au plus près tout en modifiant les éléments qui ne collaient pas à la réalité. Par exemple dans le scénario de base la bête s’enfuit du laboratoire P4. Il est évident que cela est pratiquement, sinon totalement impossible. Pour la crédibilité du récit cet élément était donc à revoir.
Le récit de science-fiction, lorsqu’il prend pied dans le réel, passe par la véracité des péripéties, aussi extraordinaires soient-elles.
Si ce genre de scène n’a pas été corrigé lorsque les enfants construisaient l’histoire, c’est qu’il était plus important de les laisser s’exprimer suivant leur conception du monde, quitte à leur faire changer de direction quand ils partaient dans une mauvaise direction. Dans le cas cité ici, ce point était secondaire. Ce n’est déjà pas facile pour des enfants d’écrire un récit cohérent. Le principal était qu’ils arrivent jusqu’au bout de cette aventure.
Toutefois, si ma plume a reconstruit ce récit pour en faire un vrai texte de science-fiction, cette nouvelle demeure avant tout celle qu’ils ont écrite, avec leurs idées et parfois aussi avec des idées puisées dans les films vus à la TV. Sans doute reconnaitrez-vous quelques clins d’œil.
La météorite de Gerland
1
Il était une fois, disent les contes du temps passé. Mais pour dire une histoire de demain sans doute devrait-on dire : Il sera une fois…
Donc, il sera une fois, dans un quartier excentré de Lyon, à Gerland pour être plus précis, neuf enfants qui auront pour noms : Lola, Flora, Sylvia, Agaza, Edwards, Enimal, Adoa, Ana et Atéla.
Il sera…
Laissons-nous porter par le cours du temps et découvrons cette histoire des temps futurs, cette histoire de l’an 2028.
Cette aventure commença une belle nuit de printemps, alors que tout le monde dormait. Seuls les chats et quelques noctambules incrédules eurent la chance d’assister à l’étrange évènement.
Cette nuit-là, sur le coup des trois heures, le ciel s’illumina brièvement, comme traversé par un éclair. Un météore, venu des profondeurs de l’espace, vint percuter le sol avec violence, à proximité de la bibliothèque municipale, juste à côté de l’autoroute A4. Mais, parmi les rares témoins, personne ne se soucia du phénomène. Les esprits étaient bien trop somnolents pour s’intéresser à un objet venu du ciel. Après tout, il tombait tant de choses de là-haut (micro météorites, morceaux de satellites, boites de cola-coca abandonnées par des cosmonautes imprudents… ), si on en croyait les journaux télévisés, qu’un bout de ferraille de plus ou de moins ne changerait pas grand chose à leur quotidien…
C’est ainsi qu’au cœur de cette nuit ensommeillée personne ne vit le météore s’ouvrir comme un fruit trop mûr, et c’est ainsi que personne n’aperçut la petite forme sombre qui s’en échappait. Créature venue d’un autre monde, égarée sur une planète inconnue qui pouvait receler tant de dangers. La boule de poils s’enfuit au plus vite du point de chute de la météorite et se fondit bientôt dans les ténèbres, invisible aux regards humains.
2
Ce jour-là il n’y avait pas école. Deux camions de pompiers étaient garés à proximité de la bibliothèque de Gerland et un périmètre de sécurité avait été délimité tout autour, interdisant l’accès du bâtiment. Quelques curieux observaient les opérations sans trop savoir ce qui se passait. Certains parlaient de tuiles tombées du toit, d’autre d’une fuite de gaz, d’autre enfin d’une explosion car plusieurs vitres du bâtiment avaient volé en éclats.
L’accès à la bibliothèque leur étant fermé, nos neuf enfants, Lola, Flora, Sylvia, Agaza, Edwards, Enimal, Adoa, Ana et Atéla, se retrouvèrent, comme ils en avaient l’habitude, au parc de Gerland, cet espace de verdure et de liberté qui leur permettait d’échapper au béton des immeubles, qui leur permettait en partie de vivre leurs rêves d’enfants. Terrain de jeux, terre de mille aventures qui échappaient au monde des adultes, le parc, qui s’étendait à proximité du Rhône, cachait dans un arbre, au cœur d’un bosquet, leur refuge secret, une pauvre cabane de planches, de branchages et de toile goudronnée.
Cette cabane avait failli disparaître quelques mois plus tôt. Les responsables du parc la jugeant dangereuse pour les enfants. Mais sous la pression d’associations du quartier, la municipalité avait fait construire dans l’arbre une solide plate-forme correctement fixée pour accueillir en toute sécurité le refuge des enfants.
Difficile cependant de s’y abriter à plus de six ou sept, dans cette cabane. Mais en s’installant à califourchon sur les grosses branches, toute la bande pouvait tenir ses conciliabules. Il y avait toujours deux clans bien distincts. Celui des filles et celui des garçons. Ce qui ne les empêchait pas malgré leurs chamailleries quotidiennes d’être toujours ensembles.
Ce jour là, dès qu’ils arrivèrent au pied de leur arbre, Ana s’empressa de grimper pour s’installer la première dans la cabane, mais à peine eut-elle disparu dans l’abri que ses compagnons entendirent un cri.
— Tu as aperçu une araignée, s’écria Enimal, moqueur.
— Il y a une bête bizarre dans la cabane, expliqua la fillette.
— Une bête comment ? demanda Edwards, tout en s’empressant de rejoindre Ana. Suivi par Enimal et Atéla.
Prudents, les autres préférèrent rester en bas, dans l’attente d’explications de ceux qui étaient sur la plateforme.
La tête d’Eminal ne tarda pas à réapparaitre dans l’entrée de la cabane.
— Pas de danger. Vous pouvez monter… On dirait une peluche. C’est comme un chat avec des poils longs.
Les enfants s’empressèrent de grimper dans l’arbre pour venir voir la chose. Les plus grands aidant les plus petits à agripper les branches les plus basses. Au début ils avaient bien une échelle pour accéder à leur refuge mais un jour elle avait disparu. Donc maintenant ils jouaient aux acrobates pour y accéder. Ça ne les gênait pas. Ils étaient assez souples pour ça et ils adoraient ce genre d’exercice.
Chacun voulait toucher la bête. Effrayée, celle-ci mordillait de ses petites dents pointues les mains qui s’approchaient trop près. Flora parvint toutefois à prendre la petite créature dans ses bras et à la caresser.
— Je crois qu’elle a faim, dit-elle.
— Qu’est-ce qu’elle mange ? demanda Enimal.
— Sans doute comme les chats ou les chiens, répondit Edwards. Je vais chercher une boite et des croquettes chez moi.
Tandis que le garçon s’empressait d’aller chercher de la nourriture, Sylvia demanda :
— Comment on va l’appeler ? Il faut lui trouver un nom.
— Spiderman, proposa Agaza.
Toute la bande se mit à rire.
— Zebda, suggéra à son tour Adoa.
— Oui, dit Enimal. Zebda, c’est bien. Qui est d’accord ?
Quelques mains se levèrent, puis les hésitants suivirent le mouvement et Zebda fut ainsi baptisée à l’unanimité.
— Vous savez ce que ça veut dire, Zebda ? demanda Agaza, un sourire en coin.
— Oui, ça veut dire Beur, répondit Sylvia, adressant au garçon un clin d’œil.
Lorsque Edwards revint à la cabane, en plus d’une boite de pâtée pour chat et de croquettes il ramenait une bouteille d’eau et des assiettes en plastique. Ana s’empressa de verser l’eau dans une assiette.
— Zebda doit avoir soif, dit-elle.
Effectivement, la bête se précipita vers l’assiette avec de petits piaillements et se mit à en laper le contenu goulûment. Edward versa la pâtée dans une autre assiette, mais après l’avoir reniflée la bête s’en écarta et reprit sa place devant l’assiette d’eau.
Elle n’a pas l’air d’aimer ça, dit Sylvia. Demain j’apporterai un peu de fromage et une tomate. Et un morceau de poulet. Et du lait aussi. Ce serait idiot si elle mourrait de faim.
— Moi je dois rentrer chez-moi, dit Flora.
— Oui, moi aussi, ajouta Agaza.
— OK. On se retrouve ici, demain après-midi, après l’école, annonça Enimal.
Sur ces paroles, les enfants quittèrent leur refuge et rentrèrent chez eux.
