La plante garou 3
Les enfants marchaient depuis un bon moment dans la forêt et ils commençaient à ressentir les effets de la fatigue. À la lumière de la pleine lune, qui passait parfois à travers les feuillages, ils aperçurent sur le sol, une petite plante, sans pétale, d’une curieuse couleur vert jaune… Elle paraissait complètement déshydratée.
— J’avais jamais vu une plante comme ça, remarqua Lucy.
— C’est vrai qu’elle est bizarre, constata Mandy. Elle est presque morte.
— Non, pas tout à fait, dit Emarine. Regardez, il y a une petite pousse là. Il faudrait la soigner.
— Ben, dit Titef, on ne va tout de même pas revenir au pensionnat.
— On ne va pas marcher toute la nuit dans la forêt, constata Leila.
— Et puis j’ai faim, dit Lucy.
— On vote, proposa Borki. Qui veut retourner au pensionnat ?
Toutes les mains se levèrent.
— C’est bon. Si tout le monde est d’accord, on retourne d’où on vient. Mais à mon avis la directrice ne sera pas contente et on va s’en prendre plein les oreilles.
— Aller, on emporte la plante, dit Emarine en dégageant les racines.
Les autres protestèrent, mais contre l’avis général la fillette plaça la plante, ainsi que de la terre et de la mousse, dans son foulard. Un peu plus loin, Leila ramassa deux patates au pied d’une souche desséchée.
— Elles sont vraiment bizarres tes patates, dit Titef.
C’est vrai qu’elles étaient étranges avec leur corps boursouflé, mais Leila les enfouit quand même dans ses poches. Elle avait l’habitude, lorsqu’elle se promenait, de ramasser tout ce qu’elle trouvait.
Les enfants retournèrent jusqu’au chêne qui dissimulait l’entrée du tunnel. Heureusement pour eux, Borki avait un excellent sens de l’orientation. Il était capable de se déplacer en tenant compte de la position de la lune, sans quoi les enfants, sans aucun point de repère, se seraient complètement perdus au sein de l’immense forêt.
Après leur reptation dans le tunnel, ils débouchèrent dans la salle de toilette. Tout était silencieux dans le pensionnat. Les lumières, à part les veilleuses, étaient éteintes, aussi bien à l’étage qu’au rez-de-chaussée. Pour regagner leurs chambres en silence, ils ôtèrent leurs chaussures et se dépêchèrent de se coucher. Sauf Emarine et Louna qui s’attardèrent autour de la plante qu’elles avaient ramenée, pour l’examiner plus en détail.
Emarine remplit un verre d’eau et en humidifia doucement la plante. Sous la lumière du plafonnier de la chambre, elle paraissait vraiment moribonde.
— Tu crois vraiment qu’elle peut vivre ?
— Je n’en sais rien, déclara Emarine, recouvrant les racines de la terre et de la mousse qu’elle avait rapportées. Puis elle versa doucement de l’eau, de manière à bien imbiber le terreau ainsi constitué.
— Hé ! sursauta Louna. Je l’ai vu bouger.
— Ce n’est pas possible, dit Emarine. Une plante ça ne bouge pas tout seul.
— Peut-être qu’on n’aurait pas dû la ramener, cette chose. Et si c’était une plante carnivore et qu’elle nous attaquait pendant qu’on dort ?
— Les plantes carnivores ça ne mange que des insectes, assura Emarine.
— Moi je serais plus rassurée si on savait ce que c’est cette plante.
— On peut aller voir sur l’ordi de Plantfol.
— On n’a pas intérêt à se faire prendre.
— À cette heure-ci, tout le monde doit dormir.
Les deux filles descendirent pieds nus et se glissèrent silencieusement dans la pièce qui servait à la fois de bureau et de labo au prof de sciences.
Elles allumèrent l’ordinateur. Puis lancèrent le navigateur.
Dans le moteur de recherche, Emarine tapa « clé de détermination ». Elle connaissait l’expression, car elle l’avait appris lors d’un atelier organisé par les Petits Débrouillards, une association qui initie les enfants aux sciences.
Les filles choisirent un des premiers sites proposés par le moteur de recherche. Il permettait d’établir la clé en ligne, présentant chaque fois divers choix.
À la fin, elles arrivèrent à une sélection d’une dizaine de plantes.
— C’est celle-là, dit Louna, en pointant du doigt une image.
Emarine cliqua dessus.
« Heliamphora », lut-elle.
— C’est une plante carnivore originaire d’Amérique du Sud. Il en existe cinq espèces différentes plus quatre variétés. Apparemment, elle n’est pas dangereuse pour les humains. Donc, on n’a rien à craindre. Je me demande comment elle pouvait se trouver dans la forêt.
— Ah, vous voici, dit une voix dans leur dos.
Les deux filles sursautèrent et Louna poussa un cri.
C’était la directrice, en robe de chambre.
— Que faites-vous ici et où étiez-vous passé ? On vous a cherché toute la soirée. Et où sont les autres ?
— Dans leurs chambres, dit Louna. Ils dorment.
— On n’arrivait pas à dormir, expliqua Emarine, et on faisait des recherches sur les plantes…
— Retournez dans vos chambres respectives. On reparlera demain matin de votre disparition de ce soir.
Penaudes les deux filles allèrent se coucher. Mais une fois dans la chambre elles se mirent à rire. Puis examinèrent de nouveau la plante.
— Je crois qu’elle a bougé, remarqua Louna. Regarde, ses racines ne sont plus enterrées.
— Ce n’est pas possible, dit Emarine. Une plante ne bouge pas toute seule. Allons dormir. Nous l’étudierons de plus près demain.
