La cité des oiseaux 6
Chapitre 6
La mission
Journal de Chatminoute.
Le voyage à dos d’océane a duré presque toute la journée. À deux reprises nous avons survolé des villes trains, dont une qui descendait vers le Sud. Signe que le danger se rapproche de nos propres cités…
Nous sommes arrivés en début de soirée et nous sommes installés au sommet du tertre lui-même où nous avons piqueniqué. Puis l’océane est repartie pour ne pas risquer d’effrayer celui que nous désirions rencontrer. En attendant nous avons disputé plusieurs parties de dames. Mais Kayama avait du mal à se concentrer et j’ai gagné toutes les parties… ..
Vers minuit, sous la lumière de la pleine lune, nous avons perçu de faibles tremblements sous le monticule sur lequel nous étions installés. D’un coup, la terre a jaillie en geyser et une tête noiraude est apparue. Elle nous a observés de ses petits yeux ronds puis nous a demandés :
— Que faites vous-là, à cette heure-ci?… .
— Nous vous attendions, a dit Kayama. Nous désirons discuter de choses graves avec vous… ..
Nous avons parlé longuement. Presque toute la nuit. Nous avons raconté l’histoire des cités célestes, et celles des villes-usines. Nous avons dit la désolation que ces dernières laissent derrière elles. Nous avons parlé du peuple oiseau, aussi… ..
Le roi des taupes nous a écoutés sans rien dire. Et avec les premières lueurs du jour il a disparu sous terre, sans prononcer le moindre mot. Nous ne savions qu’en penser. Nous étions fatigués et nous n’avions rien de positif à rapporter à nos compagnons… ..
Nous nous sommes endormis et lorsque nous avons ouvert les yeux nous étions déjà de retour à Epsilon VIII…
La relation que Chatminoute et Kayama nous font de leur rencontre avec le roi des taupes n’est pas pour nous rassurer. Nous préférerions savoir à quoi nous en tenir.
Comme nous semblons en être au point mort et qu’aucun nouveau plan ne germe des nombreuses discussions qui se déroulent lors de la nouvelle session du Conseil, nous décidons de rentrer chez nous, au plus tôt. C’est-à-dire dès le lendemain. Nous ne pouvons nous attarder éternellement dans la cité céleste.
Au matin, comme je vais jeter un coup d’œil sur le nuage pour préparer notre départ, une mouette me crie, à mi-chemin, qu’elle ramène des nouvelles importantes. Je fais demi-tour et me précipite à la salle des merveilles.
Lorsque j’entre, Arca discute avec quelques océanes et un goéland. Ils attendaient que j’arrive. La mouette montre des signes de fébrilité.
— La terre frémit, annonce-t-elle. Il se passe quelque chose, en bas.
Un faucon entre à son tour dans la salle et confirme les paroles de la mouette.
— Il s’agit de quelque chose d’inhabituel. Je n’avais jamais observé ce lent tremblement de la Terre. Comme si la planète elle-même se mettait soudainement à vivre.
— Nous devons voir ça, dit Adeline.
Trois océanes nous prennent sur leur dos et nous plongeons vers la terre. Une fois de plus nous avons l’impression de chuter comme des pierres, puis les ailes se déploient, majestueuses, et nous nous mettons à planer. Nous arrivons au-dessus d’une plaine verdoyante.
— Là, dit Adeline, en désignant une zone à flanc de colline.
Des hauteurs où nous nous trouvons, nous avons l’impression que l’herbe se déplace.
Arca, qui nous a rejoints, dit:
— Je ne peux voir ce que vos yeux observent, mais je devine un vaste mouvement sous la surface du sol. Je perçois comme une vibration.
— Vous pensez que le roi des taupes a répondu à notre appel, demande Kayama, incrédule.
— En tout cas, ils sont là, répond Arca. À quelques mètres sous la surface. Et ils se dirigent vers les villes usines.
