Cléandre, dernier espoir. Episode 3
Elle abandonna le groupe de mineurs pour aller explorer les niveaux inférieurs. L’ascenseur la mena une dizaine de galeries plus bas. Dans ces profondeurs régnait une activité plus intense. Un train ininterrompu de chariots transportait la terre noire hors des couloirs souterrains tandis que des centaines d’hommes creusaient avec des gestes lents. Comme épuisés d’avoir trop travaillé.
La plupart étaient ici depuis dix à douze jours. Tous se plaignaient d’arthrite aiguë.
— Si nous ne trouvons pas de pierres dans les prochains jours, cette planète aura notre peau, assura l’un d’eux.
— Pourquoi rester, alors ? Rien ne vous empêche de repartir.
— Nous avons dépensé toutes nos économies pour venir ici et celui qui ne trouve rien n’est pas payé. Ainsi le veut notre contrat. Notre sort se joue désormais au fond de ces boyaux de terre.
Laura observa longuement ces hommes exténués. Décidément, il se passait des choses pas très claires, ici. Elle demanda, encore :
— D’où viennent les feux du soleil ? De ces mines ou d’ailleurs ?…
— Les pierres se trouvent bien sur cette maudite planète, mais on a l’impression qu’elles jouent à cache-cache avec nous… Jonas a vu les bordereaux de livraison. Elles partent bien de Cléandre. De toute manière, en dehors des vaisseaux en provenance de la Terre, aucun astronef ne se pose jamais sur cette colonie… Donc, de ce côté là, il n’y a pas de tour de passe passe.
Ce n’était certainement pas ici que la journaliste apprendrait le secret des feux du soleil. Elle remonta à la surface et retourna aux baraquements. Après quelques hésitations, elle repéra celle qui abritait l’homme endormi vu quelques heures plus tôt. Cette fois-ci, la baraque était déserte. La couche abandonnée était recouverte d’une étrange poussière grise. Mais pas la moindre trace de vie. Elle regretta de ne pas avoir réveillé le dormeur lors de sa précédente visite. Elle fit le tour de quelques autres habitations. Toutes étaient vides de leurs occupants. Sur deux des couchettes, elle retrouva la même curieuse poussière grise.
Elle réalisa un maximum de photos. Puis se rendit au centre de transmission, pas très loin du Palace-hôtel. Lorsqu’elle entra, la standardiste lisait un gros roman aux pages jaunies. Elle s’en étonna. La lecture des livres était une occupation passée de mode depuis fort longtemps. Pour tout dire, on ne trouvait plus de livre nulle part, en dehors des musées.
— Je dois envoyer des documents vers la Terre, annonça Laura, en présentant son passe.
Elle montra son compunote à la jeune femme.
— Je voudrais transmettre tout le contenu. C’est urgent.
La standardiste pianota sur un clavier. En réponse, un message vocal jaillit de l’ordinateur de poche.
— Connexion indisponible pour le moment.
— Revenez demain, ça devrait aller mieux, précisa la standardiste. Parfois la liaison avec la Terre est parasitée par des interférences produites par les soleils jumeaux.
Laura glissa le compunote dans son sac et regagna sa chambre. Malgré les comprimés anti fatigue elle était à plat.
Elle se coucha et s’endormit aussitôt.
Elle n’ouvrit les yeux que dix heures plus tard. L’alarme de son ordinateur de poche n’ayant pas réussi à la tirer de son sommeil sans rêve.
Elle ressentait de légères douleurs aux articulations des doigts. Elle se massa vigoureusement et la douleur s’estompa. Elle fit monter son déjeuner dans sa chambre. Elle n’avait pas très faim, mais elle risquait d’avoir une journée chargée et elle devait absorber un minimum de nourriture pour tenir jusqu’au soir.
