Dans la cité d’Aspara 4
Un cri inhumain déchira la nuit. John se redressa, hagard.
— C’est lui. Il me cherche.
Je forçais mon ami à s’asseoir tout en le rassurant :
— Ce n’est qu’un chat, John… Ce n’est qu’un chat. Bawanha ne connaît sans doute même pas ton existence. Que veux-tu qu’il se soucie de pauvres humains comme nous. Nous ne sommes pas assez importants pour lui. Sans doute a-t-il d’autres affaires en tête.
— Il sait… Il m’a aperçu lors de ma troisième et dernière visite à Aspara. Je devrais dire plutôt qu’il m’a senti. Il n’a pas eu besoin de me voir pour deviner ma présence. Bawamha sait tout ce qui se passe dans la Cité. Tout comme les chats. Depuis son emprisonnement dans les murs et surtout depuis que je l’ai libéré il a gagné en puissance, il est comme un dieu… Il est Aspara… Dis-moi, Paul. Y-a-t-il des chats dans la rue ?
Je me suis approché de la fenêtre.
— Il y en à quatre. Non, cinq. J’en aperçois un dissimulé sous une voiture. Sans compter celui qui est derrière la fenêtre de l’appartement en face.
— Ils attendent Bawamha. Ils savent qu’il arrive… As-tu une arme ?
— Que veux-tu que je fasse d’une arme ? En tant qu’enseignant et chercheur je ne mène pas une vie suffisamment trépidante pour me sentir en danger.
— Le danger est partout.
Tout en disant cela il a sortit un pistolet automatique d’une de ses poches. Comme elle pointait sur moi je lui ai dit :
— Dirige là plutôt sur la fenêtre. Ce genre de joujou ne m’a jamais rassuré.
Il a posé l’arme sur ses genoux. Il commençait à se faire tard et je me suis dit que John n’allait pas tarder à partir. Jusqu’ici il n’était jamais resté au-delà de minuit. Il s’est brusquement redressé, l’arme à la main.
— Il m’a semblé entendre des pas.
— Sans doute, un voisin qui rentre chez lui.
Il s’est approché prudemment de la fenêtre.
— C’est curieux, a-t-il remarqué. Les chats semblent avoir disparu. J’étais persuadé qu’ils attendaient la venue de Bawamha. Peut-être as-tu raison, après tout. Peut-être sommes-nous trop insignifiants pour qu’il s’intéresse à nous.
John a glissé son arme dans une poche.
— Il est temps que je rentre me coucher… J’espère ne pas t’avoir trop ennuyé avec mes délires, Paul. Il est temps pour moi d’oublier Aspara… Cette histoire m’a trop trotté dans la tête.
Juste à ce moment un hurlement terrifiant est arrivé de la rue et la porte de l’appartement a été ébranlée par des coups particulièrement violents.
John est devenu tout blanc et a reculé de trois pas tandis que je me dirigeais vers l’entrée. Puis j’ai tourné la poignée…
Sur le palier, une multitude de chats attendait.
A cet instant un frisson est remonté le long de mon dos et je n’ai pas eu besoin de tourner la tête pour deviner que les yeux de John s’agrandissaient d’effroi, tandis qu’une ombre monstrueuse s’avançait sur le palier. Poils hérissés, les chats se mirent à cracher et à pousser des grognements plaintifs, pareils à des cris de guerre. Mais leur combat était perdu d’avance et ils s’écartèrent pour laisser passer l’effroyable Bawamha, celui dont la puissance était devenue telle que plus aucune force sur Terre ou au Ciel n’aurait pu l’arrêter.
Fin
