Les jumeaux et le monde en guerre 5
Enfin, bref, c’était un carnage comme on n’en avait jamais vu de mémoire de bleu ou de rouge. Tant et si bien qu’au bout d’une bonne heure plus aucun combattant n’était debout.
— Tous nos hommes sont morts, s’écria une femrouge, qui tenait deux enfants par la main. Qu’allons-nous devenir ? C’est trop horrible.
— Allons voir Clara Mousse, la sorcière, proposa la fembleue. Elle habite juste à côté.
Les enfants s’attendaient à rencontrer une vieille sorcière comme on en trouve dans tout conte de fées digne de ce nom. Aussi furent-ils très étonnés en découvrant une jeune femme très coquette, vêtue à la dernière mode. Du moins à la dernière mode de Khamsa.
— C’est pas une vraie sorcière, remarqua Siam, s’adressant à son frère, à voix basse. Elle n’a pas de balai.
— Oh, aujourd’hui c’est démodé le balai, répliqua Clara Mousse qui avait l’ouïe très fine. De nos
jours nous nous déplaçons en aspirateurs. Regardez, je viens de m‘offrir un cent vingt centimètres cube. Un vrai aspirateur de compétition.
— Vous faites des courses avec les autres sorcières ? demanda le garçon, en admirant le superbe engin chromé.
— Oh oui, nous sommes toutes folles de vitesse. Aujourd’hui pour être sorcière, il faut être tendance… Hi, hi, j’aime ces mots à la mode. Et vous, d’où venez-vous ? Vous m’avez l’air bien jeunes.
— Nous venons de la Terre, dit la terrienne en pointant le doigt vers le ciel. Moi je m’appelle Siam et mon frère c’est Yanis. Et notre chat s’appelle Boss.
Celui-ci miaula en guise de salutation.
— Moi, c’est Clara Mousse, dit la sorcière. Et je viens d’ici, comme vous devez vous en douter. Mon aspirateur n’a pas encore de nom. Je ne suis pas encore décidé… J’hésite entre AspiNailleur et AspiToresque… Mais que venez-vous faire ici, jeunes terriens ?
— On est là à cause de la guerre, expliqua Siam.
— C’est horrible ! Avez-vous vu ce drame affreux ? Tous les hommes adultes de cette planète se sont entretués sans que nous ne puissions rien y faire… Qu’allons-nous devenir ?
— Ne pouvez-vous vraiment rien faire ? demanda Siam. Peut-être qu’avec tous vos pouvoirs vous pourriez leur rendre la vie.
— Hélas, nous autres, pauvres sorcières, ne pouvons aucunement intervenir envers les morts. Nos pouvoirs ne s’adressent qu’aux vivants.
Yanis se tourna vers sa sœur.
— Ce n’est pas ici que nous trouverons de l’aide, dit-il. Retournons au Super Nautile. Peut-être que notre vaisseau spatial trouvera une solution.
Les deux enfants et le chat rejoignirent donc le super Nautile. Ils montèrent à bord puis le garçon appuya sur son stylo.
— Est-ce que tu nous entends ? demanda Yanis.
— Cinq sur cinq, dit la voix aux intonations métalliques. Que se passe-t-il, les enfants ?
Le garçon et sa sœur exposèrent la situation. Puis Siam conclut par ces mots :
— Il faut rendre la vie aux morts.
Remarque que Boss appuya d’un miaou soutenu.
— Rendre la vie aux morts n’est pas dans l’ordre des choses, dit la voix de robot. Donc il faut empêcher que cette guerre n’éclate et que ces hommes ne se massacrent.
— Mais, dit Yanis, cette guerre a déjà eu lieu.
— Pas si nous revenons de deux jours en arrière.
Yanis et sa sœur se regardèrent, perplexes. Le vaisseau devina que les deux enfants n’avaient pas bien compris ses propos.
— Cette guerre s’est déroulée aujourd’hui, mercredi 10 octobre, expliqua-t-il. Vous êtes bien d’accord ?
Yanis et Siam approuvèrent.
— Si nous étions le lundi 8 octobre, cette guerre n’aurait pas encore eu lieu. Donc, vous allez revenir dans le passé. Votre mission sera d’empêcher que les bleus et les rouges ne se déclarent la guerre.
— Mais on ne peut pas aller à reculons, dit Siam.
— A moins d’avoir une machine à voyager dans le temps. Et le Super Nautile est aussi une machine de ce type. Non seulement il se déplace dans l’air, sur le sol et dans l’eau, mais aussi dans le passé et le futur.
— Génial ! s’exclama Yanis. En route pour le lundi.
— Pas si vite, jeunes gens. Qu’allez-vous faire une fois sur place ?
— Nous verrons bien, dit Siam.
