Cléandre, dernier espoir. Episode 2
À l’entrée du réseau de galeries, un robot l’arrêta.
— Seuls les ouvriers ont accès aux mines, madame.
Laura montra son accréditation.
— Ce document n’est pas suffisant. Vous devez demander les autorisations nécessaires à la direction des mines, dont le bureau se trouve dans cette baraque, sur votre droite. Les galeries peuvent être dangereuses. On déplore chaque année quelques accidents.
Comme la jeune femme allait se diriger vers l’endroit désigné, le robot la retint.
— Attendez, je vais appeler quelqu’un.
Un officier, – le même que la veille ? Elle aurait était incapable de l’identifier, tant les androïdes se ressemblaient – arriva au bout de quelques minutes. Celui-ci lui confirma les propos du garde.
— Un passe est obligatoire pour entrer dans les galeries. Document que je vous délivrerai immédiatement, en échange d’une décharge déclinant toute responsabilité de notre part dans le cas où vous seriez victime d’un accident.
La jeune femme approuva d’un hochement de tête. Foutue administration. Elle était bien toujours semblable à elle-même, quel que soit le monde sur lequel vous posiez le pied.
Tandis qu’elle suivait l’officier jusqu’à ses bureaux, elle tenta de lui soutirer quelques renseignements.
— Je sais, comme tout le monde, que Cléandre possède des mines. Mais qu’extrait-on du sous-sol de cette planète ?
— Des pierres, des cristaux qui ont la particularité d’être plus purs et plus durs que le diamant.
La jeune femme se souvint d’un article qu’elle avait lu récemment.
— C’est donc ici qu’on extrait ces fameux feux du soleil, dont on commence à parler sur Terre et sur Mars ?
— En effet. On en récupère quelques kilos chaque mois.
— Quelques kilos ? L’exploitation de ces mines de doit pas être des plus profitables…
— Détrompez-vous, mademoiselle. Le moindre éclat d’une de ces pierres finance une centaine de voyages aller-retour jusqu’à cette planète.
Ils entrèrent dans un bureau au mobilier sommaire. Ici tout était propre et net. Pas la moindre fantaisie dans la décoration.
La journaliste remplit les documents que lui présenta l’officier, en échange de quoi celui-ci lui remit son passe.
— Désormais vous pouvez accéder n’importe où, sur Cléandre, Nous n’avons rien à cacher.
— Une dernière question, avant de vous laisser. Pourquoi les colons acceptent-ils de vivre dans des conditions aussi misérables si l’exploitation de ces mines rapporte tant ?
— C’est leur choix. Je ne peux guère vous en dire plus. Interrogez-les. Sans doute vous expliqueront-ils, mieux que je ne saurai le faire, leurs motivations.
Laura regagna les mines. La réponse de l’officier la troublait. Elle ne parvenait pas à comprendre pourquoi toute une population qui aurait dû vivre dans l’aisance acceptait de telles conditions de vie. Il y avait là quelque chose qui lui échappait.
Cette fois-ci, après avoir chargé sur son compunote un plan des puits et des couloirs, ainsi que les codes d’accès aux différents niveaux, et après lui avoir récité les inévitables consignes de sécurité, le cerbère lui ouvrit l’accès aux galeries souterraines.
À l’entrée du sas numéro un, elle dut se coiffer d’un casque et remplacer ses chaussures légères par des bottes.
Ce n’est qu’au niveau moins cinq, au fond d’un couloir, qu’elle rencontra les premiers mineurs. Ceux-ci attaquaient, sans grande conviction, une paroi de terre noire, à coups de piolets.
Elle les héla, tout en activant son badge de presse. Celui-ci, fixé sur son col, se mit à scintiller, signe qu’il transmettait des informations, informant les mineurs de son statut de journaliste.
— Je fais un reportage pour le compte de Mars Presse… Je peux vous poser quelques questions ?
— Allez-y, ma’am. Au point ou nous en somme nous n’avons pas grand-chose à perdre.
Les hommes s’arrêtèrent tous de travailler et se rapprochèrent de la jeune femme.
— Depuis combien de temps êtes-vous sur Cléandre ?
— Six jours. Six jours qu’on creuse pour rien. Regardez-moi ça, que de la terre.
— Les feux du soleil se trouvent peut-être bien plus en profondeur, supposa-t-elle, relevant sur tous les visages qui lui faisaient face le même air las.
— Les précédentes équipes en ont trouvés à ce niveau, paraît-il. De toute manière, il suffit d’en ramasser trois ou quatre. On n’en demande pas plus.
— Et après ?
— Après on retourne sur la Terre, riches comme Crésus.
— Mais…
La journaliste n’alla pas plus loin, profondément déconcertée par les propos du mineur. S’il suffisait de trouver quelques pierres pour s’enrichir pourquoi personne n’était jamais revenu de Cléandre. Que se passait-il donc au fond de ces mines ?
