La plante garou
Voici, après Les Jumeaux et le monde en guerre et La météorite de Gerland, le troisième texte écrit à partir d’un de mes ateliers d’écriture avec des enfants, dont Emma, David et Mazarine, à la bibliothèque de Gerland, à Lyon.
LA PLANTE GAROU
L’après-midi était déjà bien avancé lorsque le bus déposa le groupe d’enfants devant le pensionnat. Il s’agissait d’une vieille bâtisse en pierre, perdue au milieu de la campagne. Avec ses murs recouverts de plantes grimpantes et ses petites fenêtres qui semblaient observer les nouveaux arrivants, elle avait un aspect lugubre, qu’accentuait le ciel nuageux et menaçant.
Mais qui donc étaient ces enfants qui venaient de débarquer devant la porte du pensionnat ? Il y avait Mandy, 14 ans ; Louna, 12 ans; Leila, 10 ans ; Inès, 12 ans ; Lucy, 12 ans ; Kenza, 10 ans ; Zigomar, 10 ans ; Titef, 11 ans ; Emarine, 13 ans et Borki, 8 ans. Borki était le plus jeune, mais son esprit vif en faisait le plus malin aussi. En toute circonstance, si on avait besoin d’une idée, on pouvait lui faire confiance. Pour les bêtises aussi d’ailleurs.
Les enfants se sentaient bien perdus dans cet endroit qui leur était inconnu, avec l’impression d’avoir été abandonné, loin de leur monde habituel. Et puis pour tout dire, ce pensionnat avait vraiment un aspect effrayant. On se serait cru en présence d’une de ces maisons hantées comme on en voit parfois dans les films, à la télé.
Inquiète, Mandy demanda à Inès :
— Pourquoi nos parents nous ont-ils donc envoyés dans un endroit pareil ?
— Voilà ce qui arrive quand on a des mauvaises notes et qu’on passe plus de temps dans la rue qu’à la maison, répondit Inès. Ils se disent qu’ici on sera obligé d’apprendre nos leçons et de faire nos devoirs.
Une femme d’une quarantaine d’années vint les accueillir. Il s’agissait de la directrice elle-même. Elle les guida jusqu’à leur chambre.
— J’espère que le voyage s’est bien passé. Il ne faut pas vous laisser impressionner par cette vieille bâtisse. Bientôt vous vous sentirez aussi à l’aise ici que chez vous.
— Ça, j’en doute, murmura Kenza. J’ai trop peur, ici.
Mandy s’approcha de la directrice et lui dit d’un ton un peu agressif :
— C’est à cause de vous que nous sommes ici ?
— Ne t’énerve pas, dit Kenza. Ce n’est pas de sa faute. Ce sont nos parents qui nous ont envoyés ici.
Mandy s’excusa.
Pour les rassurer, la directrice leur expliqua :
— À leur arrivée au pensionnat, les élèves sont toujours inquiets. Mais vous n’avez pas à vous en faire. Vous prendrez vite vos habitudes ici, et dès les prochaines vacances vous retrouverez vos familles.
Au même moment, chacun des enfants pensa : « j’espère que nous ne resterons pas longtemps dans ce pensionnat. »
— Suivez-moi. Je vais vous montrer vos chambres. J’en profite pour vous rappeler les consignes : on ne crie pas dans les couloirs, ni dans les salles. On ne court pas dans l’escalier ou les couloirs.
On ne joue pas non plus au ballon à l’intérieur. Il y a une cour pour cela.
Ils montèrent un escalier de pierre qui conduisait à l’étage. De chaque côté d’un long couloir se succédaient des portes de couleur claire.
— Les chambres des filles sont du côté droit. Celles des garçons en face, du côté gauche. Chaque chambre comprend deux lits superposés ainsi qu’un WC. Je vous laisse poser vos affaires.
Les enfants s’empressèrent de découvrir leur nouveau lieu. Chaque chambre était tapissée en bleu. En plus des lits superposés, elle comprenait une table et deux chaises ainsi qu’un grand placard pour ranger les affaires.
Après avoir déposé sacs et valises en vrac, les enfants rejoignirent la directrice qui les conduisit jusqu’à l’extrémité du couloir.
— Ici, se trouvent deux salles de toilettes, avec trois cabines de douche dans chacune d’entre elles.
Les enfants ouvrirent les deux portes avec curiosité.
— C’est comme pour les chambres, dit la directrice, d’un côté les filles, de l’autre les garçons.
Puis ils descendirent l’escalier à sa suite et elle leur présenta le rez-de-chaussée. Outre les salles de classe, il y avait une salle d’étude, un grand réfectoire qui pouvait accueillir une quarantaine d’enfants et une salle pour la détente, avec une bibliothèque et un téléviseur. Derrière le bâtiment, une haute grille en fer forgé délimitait une cour, au milieu de laquelle poussait un vieux châtaignier.
Lors de leur visite les enfants firent connaissance de la cuisinière, une femme d’une cinquantaine d’années, toute en rondeurs, et du gardien de nuit, un vieux monsieur dont il aurait été difficile de dire l’âge.
— Les enseignants ne sont pas là pendant le week-end, expliqua la directrice. C’est moi qui assure la garde, avec Sabrina, une jeune surveillante, que vous verrez à l’heure du repas. Ceux-ci se prennent à midi et demi et à dix-neuf heures trente. Et le petit déjeuner à sept heures trente. Vous avez droit à dix minutes de retard maximum pour les repas. Au-delà, vous ne serez pas servis. Voilà… Personne n’a de questions à poser ?
Les enfants se regardèrent sans rien dire.
— Vous êtes donc libre jusqu’à l’heure du diner.
Les enfants regagnèrent leurs chambres.
— Je n’aime pas cette directrice, dit Leila. Je sens qu’elle est méchante. J’espère que je ne resterai pas ici bien longtemps.
— Moi non plus, ajouta Louna. Cet endroit ne me plait vraiment pas.
***
