Cléandre, dernier espoir. Episode 4
Elle visionna toutes les photos de la veille. Elle remarqua que les mineurs, dans l’ensemble, avaient la peau anormalement sombre. Peut-être au contact de cette terre noire qui constituait le sous-sol de la planète. Elle ne repéra rien d’inhabituel sur les images des baraques. Sinon qu’elles ne ressemblaient guère à des lieux de vie. Pas d’arrivée d’eau, ni d’ustensiles de cuisine.
La journaliste se rendit au centre de transmission, mais une fois de plus la liaison avec la Terre était brouillée. Elle se trouva donc dans l’incapacité d’envoyer ses images. Cela l’inquiétait. Elle aurait bien aimé savoir ses photos à l’abri dans les banques de données de l’agence. Mais de ce côté-là, il n’y avait rien à faire. Elle ne pouvait qu’attendre que les communications soient rétablies. En espérant que cela serait le plus tôt possible.
Elle partit en direction des baraquements et décida d’explorer une fois de plus les logements de fortune, à la recherche d’un indice qui lui aurait échappé. Elle explora une trentaine d’habitations et trouva deux dormeurs qu’elle ne parvint pas tirer de leur sommeil. Elle prit une nouvelle série de clichés, puis se rendit aux mines.
Elle descendit au plus profond des puits, au niveau moins trente-cinq. Ici aussi, les mineurs travaillaient avec ces gestes anormalement lents qu’elle avait déjà remarqués la veille.
— Vous semblez beaucoup souffrir ? demanda-t-elle à l’un d’eux, qui venait de s’arrêter de donner des coups de pic, pour s’essuyer le visage.
— Chaque jour qui passe le travail est plus dur et la douleur plus grande. Les articulations se bloquent petit à petit. Cléandre réclame son dû… Cette planète nous dévore, jeune dame. Cette planète à faim. Partez d’ici tant qu’il est encore temps.
— Depuis combien de temps êtes-vous ici ?
— Douze jours.
— J’aimerai rencontrer des hommes qui sont là depuis plusieurs semaines ?
Le mineur la regarda longuement de ses yeux noirs.
— Personne ne reste ici longtemps, du moins pas durant des semaines.
— Personne ? Combien de temps alors ?
— Dix, douze, parfois quinze jours. Jamais plus.
— Y a-t-il d’autres complexes miniers que celui-ci, sur Cléandre ?
— Non. C’est le seul, à ma connaissance.
— Avez-vous déjà vu des feux du soleil ?
— Jamais. Personne dans les galeries n’en a vu. Personne… Juste des rumeurs…
— Alors, pourquoi continuez-vous à creuser ?
— L’espoir. L’espoir uniquement. Nous essayons de ne pas laisser s’éteindre l’étincelle d’espoir qui brûle encore au fond de chacun de nous… Croyez-moi, partez d’ici. Sinon cette planète aura raison de vous aussi.
Le mineur lui tourna le dos et reprit son travail.
La jeune femme remonta à la surface. Elle n’avait plus rien à apprendre dans les galeries. Il se passait quelque chose sur Cléandre. Mais elle était certaine que ce n’était pas au fond des sombres boyaux que cela se passait. Elle était maintenant pratiquement sure qu’il n’y avait jamais eu de pierres précieuses dans le sous-sol de cette planète.
D’où provenaient donc les feux du soleil ?
