La météorite de Gerland 3
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Les différentes recherches de la gendarmerie et de la police ne donnèrent aucun résultat. La bête demeurait introuvable. Les chercheurs continuaient d’étudier le virus. Après un premier traitement expérimental, l’état des enfants et de la personne mordue en bordure de l’autoroute s’était amélioré. Le virus n’était pas éradiqué, mais était inactif dans les organismes infectés. Toutes les semaines, on leur faisait une injection qui maintenait le virus en sommeil, dans l’attente d’un traitement définitif.
Deux jours après la sortie d’hôpital des enfants malades, la bête fut aperçue dans le parc de Gerland. L’utilisation de fléchettes soporifiques s’avéra inefficace. La bête était insensible à ce genre de produit, même avec des doses capables d’endormir un animal de grande taille. Elle était également très rapide. Bien que repérée plusieurs fois par des agents de sécurité elle parvint chaque fois à s’enfuir. Plusieurs battues furent organisées dans le parc. En vain. Zebda passait chaque fois au travers. Le parc fut fermé pendant plusieurs jours et des pièges furent placés en de nombreux endroits. Mais on avait beau faire, l’animal déjouait tous les traquenards.
Peu de temps après ces évènements, les enfants organisèrent une fête pour célébrer l’anniversaire d’Enimal. Les parents de ce dernier avaient accepté de leur abandonner l’appartement pour l’après-midi.
Sur la table de la salle à manger étaient disposés jus de fruits, pâtisseries et friandises diverses. Impatient, Eminal regardait souvent par la fenêtre, pour voir si ses amis arrivaient. C’est ainsi qu’il aperçut Zebda qui traversait la pelouse, au pied de l’immeuble. Il l’appela. La bête leva la tête vers lui puis s’enfuit.
Les enfants arrivèrent les uns après les autres. Comme Atéla entrait, une boule de poils se faufila entre ses jambes.
— Eh ! s’écria-t-il. C’est Zebda. Il ne faut surtout pas le toucher. Sinon on sera tous malades.
L’animal alla se réfugier sous un fauteuil. Les enfants le laissèrent tranquille. Ils n’avaient aucunement envie de retourner à l’hôpital.
— Tu devrais téléphoner à ton père, conseilla Sophia, inquiète.
— Non, dit Enimal. Sinon ça va gâcher ma fête. Il s’occupera de Zebda quand il reviendra.
Les enfants eurent vite fait d’oublier l’animal. Il était difficile de résister à toutes ces bonnes choses qui s’étalaient sous leurs yeux. Ils se chamaillèrent un peu tout en s’empiffrant et en buvant. Puis vint le moment tant attendu des cadeaux. Agaza offrit à Enimal une paire de Baskets, d’une toute nouvelle marque, Anova, qui, disait-on un peu partout, allait révolutionner le marché des chaussures de sport. Le garçon reçu aussi des livres, surtout des mangas, des DVD et quelques CD de rap. En particulier, Ana lui offrit le dernier CD de Rip 118. Du rap assez violent qu’elle avait découvert chez un voisin.
– Tu passes surtout pas ça quand tes parents sont là. Sinon ils te tuent, le prévint la fillette.
Enimal se précipita vers le lecteur CD en agitant les bras et en se déhanchant.
– On écoute ça tout de suite, dit-il.
Aux premières notes Zebda dressa l’oreille, avant de pousser de petits cris plaintifs.
– Qu’est-ce qu’il a ? s’inquiéta Sophia en s’approchant avec prudence.
– On dirait que la musique lui fait mal aux oreilles, constata Adoa.
Ana arrêta aussitôt le CD. Zebda se calma sur le champ tout en observant les enfants d’un regard craintif.
Enimal remit la musique.
– Non ! dit Ana. Ça lui fait mal aux oreilles.
– C’est mon anniversaire, grogna le garçon. S’il n’est pas content, Zebda n’a qu’à partir.
Enimal se précipita pour aller ouvrir la porte d’entrée en grand.
– Voilà. Comme ça il fait ce qu’il veut. S’il veut partir il s’en va.
L’animal continua de gémir longuement sous le fauteuil, puis finit par se calmer et on ne l’entendit plus du reste de l’après-midi.
Quand les parents d’Enimal revinrent, en milieu de soirée, les enfants étaient déjà rentrés chez eux. Laissant la salle à manger dans un beau désordre. Du papier cadeau traînait un peu partout et gobelets et assiettes en plastique jonchaient le parquet.
– Vous auriez tout de même pu ranger un peu, gronda la mère.
Mais Enimal n’écouta pas les récriminations maternelles. Il avait plus urgent à traiter.
– Papa, Zebda est sous le fauteuil, là-bas.
– Et vous êtes restés avec tout l’après-midi ? Ce n’est pas malin. Il aurait pu mordre l’un d’entre vous. Va me chercher la panière du chat. Elle est dans le placard de l’entrée.
Le chercheur enfila d’épais gants de travail et prit la panière des mains d’Enimal.
– Maintenant sortez de la pièce.
Il s’approcha de l’animal. Celui-ci était immobile. Il semblait dormir.
Mais dès que le virologue approcha la main, Zebda se sauva à toutes pattes et réussit à se faufiler par la porte de la pièce restée entrouverte. L’animal fila dans la cuisine et sauta sur le rebord de la fenêtre. Comme les humains (Enimal et son père) arrivaient sur lui, il se jeta dans le vide. Quelques mètres plus bas sa chute fut amortie par un arbuste et il prit la fuite de toute la vitesse dont il était capable.
Il ne s’arrêta que lorsqu’il fut certain qu’il ne risquait pas d’être rattrapé. Cependant, depuis qu’il avait entendu la musique dans l’après-midi, une sourde inquiétude l’étreignait. Il était en danger. Pour la première fois de sa vie il avait ressenti de la douleur. Il avait cru éclater sous les assauts des ondes sonores tant celles-ci lui faisaient mal.
Il était seul sur ce monde inconnu et il avait peur. Tandis qu’il fuyait, des boules de poils se formaient sur son corps. Il devait trouver un abri au plus vite. Il devinait que son système d’auto défense était en train de se mettre en branle. Un système que seules les créatures de son espèce possédaient.
Il courut jusqu’au parc et trouva refuge dans un fourré bien dense. Durant la nuit, les boules de poils continuèrent de se développer sur son corps, puis se détachèrent et prirent vie. C’était des reproductions de lui-même en miniature, des bébés Zebda. Désormais, s’il devait de nouveau faire face à un péril, il survivrait à travers ses petits.
