La plante garou 2
Comme tous les soirs, la directrice passa dans la salle de détente pour les informer de l’heure du dîner. Les enfants, qui étaient arrivés déjà depuis une bonne semaine, rêvaient tous de rentrer chez eux au plus vite et de retrouver leur famille.
— Hé, Borki ! dit Titef. Toi qui as toujours plein d’idées, tu ne pourrais pas nous trouver un moyen de sortir d’ici.
Le gamin afficha un large sourire.
— Approchez-vous. J’ai trouvé quelque chose.
Les enfants l’entourèrent.
— Dans les toilettes, à côté du réfectoire, il y a un trou, sous un des lavabos. Je l’ai découvert lors d’une de mes explorations. Il est caché derrière une plaque métallique. C’est pour ça que personne ne l’a remarqué jusqu’ici. Un jour, après les cours, j’ai été voir. Il y a un tunnel qui conduit dans la forêt.
— Bah, dit Leila, c’est même pas vrai. Tu racontes ça pour faire l’intéressant.
— Si c’est vrai, affirma le garçon. Je vais vous montrer.
Borki conduisit les enfants jusqu’aux toilettes et leur désigna une plaque métallique, placée sous le lavabo.
— Il suffit de la faire glisser sur le côté.
Ce qu’il fit aussitôt avec l’aide de Zigomar. Derrière il y avait effectivement un passage. Les enfants regardèrent. C’était tout sombre et un peu inquiétant. Borki se glissa dans l’ouverture, puis se tourna vers les autres.
— Il faut bien se baisser pour avancer, car le tunnel n’est pas très haut et le dernier remet la plaque pour qu’on ne voit pas par où on est passé.
Les enfants se glissèrent un à un dans l’ouverture et Titef referma le passage derrière lui.
Ils progressèrent à la queue leu leu pendant cinq bonnes minutes. À part Borki, qui n’avait jamais peur de rien, les enfants ne se sentaient guère rassurés. Ils se demandaient si ce couloir conduisait bien quelque part.
Enfin, après une progression qui leur parut interminable, ils émergèrent à l’air libre. Le tunnel débouchait dans le corps évidé d’un chêne que la foudre avait noirci et durci. De la mousse et des fougères cachaient le conduit souterrain. À leur arrivée un écureuil s’enfuit en bondissant de branche en branche.
Les enfants se trouvaient au milieu d’arbres plus que centenaires, au cœur d’une impressionnante forêt, sombre et humide. Les bruits de reptation et les cris de petits animaux n’étaient pas faits pour les rassurer.
— Génial, s’exclama Titef.
— J’ai peur, dit Louna.
— Il n’y a rien à craindre, la rassura Mandy. Il n’y a pas de bête dans ces forêts.
— Si, il y a des bêtes, dit Borki. J’ai entendu quelque chose ramper, la première fois que je suis venu.
— C’était peut-être un hérisson ou une taupe, expliqua Kenza.
— Non, ça avait l’air plus gros.
— À mon avis, on devrait rentrer, dit Inès, qui commençait à s’inquiéter sérieusement.
— Et puis je commence à avoir faim, ajouta Lucy.
— On ne s’est pas évadé du pensionnat pour y retourner tout de suite, constata Titef. Si on rencontre des bêtes, on avisera.
— Moi j’ai un bâton pour me défendre, ajouta Emarine, en levant son arme.
— Moi aussi je veux un bâton, dit Inès.
— Il n’y a qu’à se servir, constata Borki. On est dans une forêt. Ce n’est pas ce qui manque les branches mortes.
— Moi, j’en veux pas, remarqua Mandy. Parfois, il y a des araignées dessus.
Inès jeta violemment la branche qu’elle avait trouvée.
— Beurk ! Je ne veux pas d’araignées.
***
À 19 h 30, comme aucun des enfants n’était présent dans le réfectoire, la directrice alla les chercher dans la salle de repos puis dans leurs chambres. Les enfants n’étaient pas là. Elle les appela. Elle n’obtint aucune réponse. Dans l’escalier, elle rencontra Sabrina, la surveillante.
— Où sont passé les enfants ? Je ne les trouve pas.
— Tout à l’heure, ils étaient dans la salle de repos. Ils ne peuvent pas avoir tous disparu.
Elles firent le tour des salles de classe. Elles rencontrèrent Mr Plantfol, le professeur de sciences naturelles, qui se joignit aux recherchent. Il fallut cependant bien se rendre à l’évidence. Les enfants avaient bel et bien disparu.
Le gardien confirma que la porte d’entrée était bien verrouillée. Donc, ils n’avaient pas pu s’échapper par là. Le pensionnat fut exploré de fond en comble. Pas la moindre trace des enfants.
La directrice appela la gendarmerie pour leur expliquer la situation, puis prévint les parents. Dix minutes plus tard deux fourgonnettes s’arrêtaient devant le pensionnat et une quinzaine de gendarmes en descendit. Une nouvelle fois ils explorèrent le bâtiment puis, n’ayant trouvé personne, organisèrent une battue dans les alentours.
***
