Radio Skrouik n’a pas dit son dernier mot
Chroniques de la Vallée
6ème épisode
skrouiiiiiiik bzzzzzzzzzzzzzzzz skrouik zzzzzzzzz skrouiiiiiik, avec en superposition sonore, juste après le skrouiiiiiiik bzzz, un mot, un seul, qui dit la Vallée tout entière : Pissenlit. Ce matin là, premier jour d’octobre, 716 âmes ouirent ce mot. Et tout le monde sut qu’il ne pouvait se rapporter qu’à la Vallée.
Ici cette plante couvre le moindre terrain ou bord de route, en abondance. Et sa seule utilité est l’alcool qu’on en tire, le fameux pistaga qui titre à 15°. Les caves voutées du Café de la Vallée renferment pas moins d’une centaine de futs. Par contre jamais personne n’a assisté à la moindre livraison. Tout comme jamais personne n’a repéré le moindre alambic dans la Vallée. Le Pistaga demeure un de nos grands mystères et personne n’ose interroger le tenancier sur la provenance de l’alcool. D’autant que Jo n’est pas très regardant sur le nombre de tournées qu’il offre à ses habitués chaque jour.
A 11h12 le gros poste sur le comptoir émit un skrouiiiiiiik bzzz suivit d’un silence, puis une voix imprécise, presque robotique, dit Pissenlit. Un bref silence suivit puis la radio reprit son habituel discours, zzzzzzzzzzzzz skrouik zzzzzzzzz skrouiiiiiik…
— Pissenlit, dit Jacotet, l’ainé. C’est bien un message pour nous.
Jo en profita pour remplir nos verres.
Anselme Charbonneau leva son verre.
— Aux pissenlits et au pistaga.
— Aux pissenlits et au pistaga, répéta toute la salle d’une seule voix, tandis que Jacotet, lainé, debout, faisait un salut militaire.
La Journée se poursuivit tranquillement, sans autre intervention de radio Skrouik. Et tout le monde oublia les pissenlits pour ne plus se concentrer que sur son verre de Pistaga.
Demain sera un autre jour mais radio Skrouik et le pistaga seront toujours là.
