Mots
Tout le temps il parle.
Le matin dès son réveil. Des mots jaillissent de sa bouche et envahissent l’appartement. Chez lui c’est un besoin inextinguible. Depuis sa prime enfance. Depuis qu’un son a jailli d’entre ses lèvres.
Il parle, il parle, il parle toujours.
Les mots tournent, virevoltent, dansent autour des meubles, se heurtent parfois pour retomber en tas sur le sol ou pour rebondir les uns sur les autres.
Il dit des choses. Des cris, des peurs, des pleurs. Il dit. Tout simplement. Ses jours, sa vie, ses espoirs…
Et les mots toujours tourbillonnent de plus en plus follement. De plus en plus fortement. Et les voisins souvent se bouchent les oreilles pour ne plus entendre l’infernale ronde sonore.
C’est que ça fait mal aux oreilles tous ces mots bien trop affûtés. Lui il ne s’en aperçoit pas. Ou des fois, quand une éructation se fiche dans un mur en vibrant telle une lame…
Et chaque jour les murs de son appartement se hérissent de pointes nées de son trop plein de paroles. Des piquants uniquement composés de mots morts qui blessent sa chair lorsqu’il s’en approche trop. Des dards qui secrètent le lent poison distillé par son esprit en rebellion contre le monde qui l’entoure.
Jusqu’à l’heure où, brisé de tant de rage évacuée, il s’endort. Seul moment de repos pour ses voisins.
Cling ! Cling ! Cling !
Dans la nuit ces bouts de vie fichés dans les murs se fanent et se brisent en tombant sur le carrelage.
Cling ! Cling ! Cling !
Il en faut vraiment beaucoup de mots pour contenir toute une vie…
