Le Grand Skrouik contrôle la situation
Chroniques de la Vallée
7ème épisode
Je traversais la Grand Place pour me rendre au Café de la Vallée quand la veuve Coudrian m’interpella.
— Monsieur Markus, je crois avoir découvert quelque chose au sujet de la radio. Venez à la maison, je vais vous montrer ça.
Je la suivis sans me faire prier. Tout ce qui pouvait permettre d’en connaître un peu plus sur radio Skrouik m’intéressait.
Sur la massive table en chêne qui occupait le centre de la salle de séjour reposait un lourd magnétophone. A côté s’empilait une vingtaine de bandes larges, soigneusement rangées dans leurs boites.
— Je crois avoir découvert un élément important, concernant radio Skrouik dit la veuve, tout en servant deux verres de Pistaga. J’ai enregistré trois fois quatre heures d’émission, trois jours d’affilés, suivant des horaires précis : 8h – midi, 14h – 18h et 20h – 24h. J’ai chronométré chaque variation, chaque parasitage, chaque sifflement… Cela plusieurs fois pour chaque enregistrement. Ce que nous percevons chaque jour n’est pas une émission qui nous arrive brouillée par les hauteurs qui cernent la Vallée. Nous sommes confrontés quotidiennement à une bande enregistrée. Toujours la même.
— Et les mots ? demandais-je. D’où viennent-ils ?
— Je me suis posé la question, aussi. Je pense qu’une fois par jour, parfois plusieurs fois, quelqu’un ouvre un micro, et prononce un mot sur une fréquence particulière.
— Ainsi nous serions les sujets involontaires d’une curieuse expérience ? Pourquoi pas. Cela ne fera qu’un mystère de plus.
Dès mon retour au Café de la Vallée je me suis empressé de remplir le gros cahier bleu.
Curieusement, ce jour là, radio Skrouik s’arrêta net à 19h et ne repris que le lendemain, à 16h. Serait-ce pour nous punir de nous être montrés trop curieux ?
La veuve Coudrian avait mis le doigt sur quelque chose d’important. Le secret de Radio Skrrouik semblait à notre portée. Ou peut-être n’était-ce qu’une illusion.
Je fis un signe de la main et Jo vint remplir mon verre.
Il serait toujours temps d’étudier l’affaire.
