Le Gnok. Episode 2
Quinze jours plus tard, nos locataires ont remis ça.
Je dormais profondément quand une terrible explosion a secoué tout le quartier.
S’il y a bien une chose dont j’ai en horreur pardessus tout, c’est d’être tiré du sommeil en sursaut.
Je suis descendu dans la cuisine, en pyjama. Tante Adèle grommelait en préparant une lessive.
— Puisque tu es là, va voir ce qu’ils font. Ils commencent à me taper sur les nerfs, ceux là. Je me demande quelle mouche m’a piquée le jour ou j’ai accepté de leur louer cet appentis.
J’ai pris mon gnok et j’ai été voir. J’étais en rogne, moi aussi. J’ai froncé les sourcils pour paraître plus méchant.
— C’est pas fini, ce bordel !
J’avais entendu cette phrase dans un film à la télé et j’essayais de la placer chaque fois que je pouvais.
C’est le genre de réplique qui en impose toujours un peu. Du moins c’est ainsi que ça se passe à la télé, et c’est ainsi que je vois les choses.
L’appentis était à moitié déglingué. Je ne sais pas par quel miracle il tenait encore debout. Il n’y avait plus de porte et deux des murs n’existaient pratiquement plus. Quant au deux autres, il n’en restait plus grand chose. Je me demande même si dans l’état présent on pouvait encore appeler ça un appentis.
— On n’a pas fait exprès, a pleurniché un des Grammans, d’un air navré. On ne recommencera pas.
— La prochaine fois j’en attrape un et je le passe à la broche pour le faire rôtir. Paraît que la viande de Gramman est succulente.
— On ne recommencera pas, se sont exclamés d’une voix commune les extraterrestres. Promis, on
ne recommencera plus et on va réparer l’appentis.
Bien sur, ils ont recommencé leur cirque quatre semaines plus tard. Il devait être un peu plus de six heures. L’ébranlement de la maison m’a carrément fait bondir dans mon lit. Cette fois-ci, ils dépassaient sérieusement les bornes. Ils allaient voir à qui ils avaient à faire.
Tante Adèle s’était levée, elle aussi, et s’apprêtait à leur apprendre le savoir-vivre à grands coups de balai lorsque j’ai fait irruption dans le jardin.
— Qu’est-ce qui se passe encore, ai-je demandé, à demi ensommeillé.
— C’est encore un coup de ces zèbres, a dit Tatie.
— Nous n’avons pas fait exprès, ont répondu les Grammans, tout penauds.
À la troisième fois, on commençait à connaître la rengaine un peu trop bien. Et cette fois-ci, on n’allait pas se laisser amadouer par leur air pitoyable. Apparemment, à notre attitude décidée, ils avaient compris notre exaspération.
Poussant l’un des leurs devant eux, ils nous ont dit :
— Tenez, mangez-le. C’est le plus dodu. Il devrait faire un bon rôti. Il se nomme Oscar H²O.
C’était étrange de les entendre parler tous ensemble pour prononcer exactement les mêmes mots, à la même seconde. Comme une voix à plusieurs étages.
Une fois de plus, ils nous ont promis qu’ils ne feraient plus de bêtises à l’avenir, et Tatie m’a fait signe d’emmener la viande à la cuisine.
Tante Adèle est une cuisinière à l’ancienne, une de ces magiciennes de la table comme on n’en fait plus depuis longtemps, et le repas du dimanche fut un vrai délice. Nous avions invité quelques voisins ainsi qu’Émile et ses parents. Tout le monde s’est régalé. À mon avis, Oscar aurait mérité d’être un peu plus dodu. Mais comme ça il était déjà parfait.
Par la suite, les Grammans se sont calmés et on ne les a plus entendus jusqu’à la mi-août. Des cousins à eux, au nombre de trois, sont venus les rejoindre au plus fort de l’été. Tatie, qui ne perd jamais le nord, a profité de l’occasion pour augmenter leur loyer. Personne ne s’est jamais interrogé sur la provenance de l’or de tous ces extraterrestres qui viennent visiter notre planète, mais tante Adèle dit que tant qu’il y en a c’est toujours bon à prendre.
