Les jumeaux et le monde en guerre 6. Fin

Yanis appuya sur le bouton doré de son stylo et le Super Nautile fit entendre un bruit sourd, puis le village disparu et ils furent enveloppés d’une lumière grisâtre. Au bout de quelques minutes, la clarté revint et ils furent de nouveau sur la place du village. Le chronoscope de bord indiquait : lundi 8 octobre.
Ils sortirent du véhicule, le chat sur les talons.
— Seriez-vous perdu, étranger ? demanda une grosse voix.
C’était un hombleu en armure. Il paraissait redoutable.
— Non monsieur, répondit Siam, particulièrement impressionnée par ce guerrier. Nous allons chez Clara Mousse.
Le soldat poursuivit son chemin tandis que les enfants se précipitaient en courant chez la sorcière. Fort heureusement, celle-ci était bien chez elle.
Elle les accueillit comme si elle les connaissait de longue date. Clara Mousse était ainsi. Pour elle personne n’était un étranger et tout le monde était le bienvenu dans sa maison.
— Voulez-vous voir mon nouvel aspirateur ? demanda-t-elle.
Elle était particulièrement fière de son acquisition et la montrait à quiconque venait chez elle.
Yanis faillit lui dire qu’elle le leur avait déjà montré, mais se souvint juste à temps que ce ne serait que deux jours plus tard que la précédente rencontre aurait lieu. Ces histoires de voyage dans le temps c’était assez compliqué et ça l’embrouillait un peu. Le garçon fit donc semblant de s’émerveiller devant l’aspirateur entièrement chromé.
— Il doit être rapide, dit-il, faussement admiratif.
— Ne m’en parlez pas. J’en ai parfois la tête qui tourne. Toutes mes amies sorcières en sont jalouses… Je ne lui ai pas encore donné de nom.
— AspiRine, proposa Yanis.
— Hi, hi, quel drôle de nom, dit la jeune sorcière. Pourquoi pas. Je vais y réfléchir.
Le frère et la sœur échangèrent un regard de connivence qui voulait dire : elle est complètement timbrée celle-là.
Mais ils n’étaient pas la pour blablater. Ils avaient une mission importante à accomplir. En moins de 48 heures, ils devaient empêcher une guerre d’éclater.
Siam raconta donc à Clara Mousse les évènements dont ils avaient été les témoins. Grâce au stylo à tout faire, ils purent même projeter un film du carnage qui s’était déroulé sous leurs yeux. La sorcière se montra très impressionnée par ce qu’elle vit et entendit.
— Deux jours c’est bien court pour trouver une solution, remarqua-t-elle.
Et ce que vous m’avez montré et raconté ne peut qu’être vrai puisqu’ici tous les jours nous parviennent des rumeurs de guerre. Nos hommes sont vraiment devenus fous.
Clara Mousse prit une petite boite nacrée posée sur un guéridon et s’en servit comme d’un téléphone. Elle appela plusieurs de ses amies et leur soumit le problème.
Au bout de dix minutes, la boite égrena une comptine puis une voix dit :
— Clara Mousse tes amies t’appellent. Nous avons longuement réfléchi pendant quelques secondes et n’avons pas trouvé de solution. Par contre, une question nous est venue à l’esprit : le grand livre de sorcellerie contiendrait-il une recette magique pour changer le rouge et le bleu en une couleur unique ?
— Nenni, répondit Clara Mousse, qui connaissait le Grand Livre par cœur.
Yanis et Siam échangèrent un regard dans lequel se lisait une grande déception. Ils étaient tellement certains que les sorcières trouveraient un remède à ce drame.
— Nous n’avons plus qu’un espoir, dit le garçon. Il faut que notre vaisseau spatial nous aide à trouver une solution.
Ils rejoignirent le Super Nautile et Yanis utilisa une fois de plus son stylo.
— Tu dois nous aider, décréta le garçon, dès que la communication fut établie.
— Un proverbe terrien dit : aide-toi, le ciel t’aidera ? La solution ne serait-elle point en vous ? Je crois que l’idée des sorcières est bonne. Et vous possédez l’outil qui devrait vous permettre de la mener à bien.
— Mais nous ne pouvons rien faire, constata Yanis, qui ne voyait pas où le vaisseau voulait en venir. Nous ne sommes pas assez forts pour sauver toute une planète. Nous avons besoin de ton aide.
Siam lui prit soudain le stylo des mains et sortit du véhicule. Yanis s’élança à sa poursuite.
— Rends le moi. C’est moi qui l’ai trouvé.
Sa sœur pointait déjà le stylo vers le ciel en pressant le bouton doré. Un rayon rouge et un autre bleu en jaillirent et s’élancèrent vers le ciel, vers une étoile, tellement minuscule qu’on l’apercevait à peine. C’était le vaisseau spatial en orbite autour de la planète.
Le rayon l’atteignit en quelques secondes et fut renvoyé par la coque bariolée, qui agissait comme un filtre, vers le soleil. Dès que le jet de lumière l’atteignit, l’astre changea totalement de couleur et une fine pluie de lumière mauve baigna Khamsa.
Ce qui était bleu devint mauve.
Ce qui était rouge devint mauve.
En quelques minutes il n’y eut plus que des hommauves et des femmauves. Sauf les deux enfants de la Terre et leur chat qui restaient semblables à eux-mêmes car, contrairement à tout ce qui vivait sur la planète Khamsa, leur corps n’était pas photosensible et ne pouvait donc pas changer de couleur sous l’effet de la lumière.
Clara Mousse, qui était encore plus jolie en mauve, s’élança à leur
rencontre, puis les prit dans ses bras et les embrassa. Sans oublier le chat, bien évidemment
— Vous nous avez sauvés, enfants de la Terre. Merci pour votre aide.
Yanis, Siam et Boss n’étaient pas peu fiers de ce qu’ils avaient fait. Bon d’accord, Boss n’avait pas fait grand-chose. À part appuyer accidentellement sur le bouton de mise à feu du vaisseau, lorsqu’ils avaient quitté la Terre. Mais il leur avait apporté sa présence tout au long de cette aventure, ce qui était déjà beaucoup pour un être aussi petit.
Il était temps pour les enfants de partir. Ils ne pouvaient s’attarder sur Khamsa, bien qu’ils auraient aimé explorer la planète un peu plus. Ils devaient rentrer chez eux avant que leur famille et leurs amis ne s’inquiètent.

Le Super Nautile les conduisit sans problème jusqu’au gros vaisseau en forme de crayon. Et celui-ci les ramena bien vite, juste devant l’immeuble où ils habitaient, s’arrangeant pour revenir exactement 5 minutes après qu’ils ne quittent la Terre, grâce à un petit déplacement dans le temps. Ainsi, leur absence n’aura duré, en tout et pour tout, que quelques minutes.
Ils firent un grand signe de la main au vaisseau spatial, sauf le chat bien entendu, qui se contenta d’un miaulement, puis ils rentrèrent se coucher sur la pointe des pieds, pour ne pas réveiller leurs parents qui ne s’étaient aperçus de rien.
