La Météorite de Gerland 5. Fin
7
La maman d’Enimal était en train de faire la vaisselle lorsqu’une petite boule de poils surgit par la fenêtre entrouverte et sauta dans l’évier. La brave dame, surprise, fit un bond en arrière.
– Va-t-en, sale bête. Tu n’as rien à faire ici.
Elle savait à quoi ressembler Zebda et le fait d’en avoir une reproduction miniature chez elle n’était pas pour la rassurer.
Elle s’empara du flacon de produit vaisselle et en projeta un jet sur la minuscule bête. Celle-ci poussa un petit cri avant d’éclater comme une bulle de savon, laissant dans la cuisine une odeur nauséabonde.
La maman d’Enimal s’empressa d’ouvrir la fenêtre en grand et répandit dans la pièce un aérosol désodorisant. Elle s’assura que la bête n’était plus là, puis appela son fils.
– Enimal, vient voir !
– Qu’est-ce qu’il y a maman ?
Le garçon entra dans la cuisine, mais ressortit aussitôt en se pinçant le nez.
– Qu’est-ce que tu as fait maman ? Ça pue.
Sa mère lui expliqua ce qui venait de se passer, mimant la scène avec force gestes.
– Houla ! s’exclama Enimal après l’avoir écoutée jusqu’au bout. Ça veut dire que Zebda a eu des petits. Je préviens les autres.
Le garçon s’empara du flacon de liquide vaisselle que sa mère tenait toujours dans une main.
– Je te le ramène tout à l’heure, maman. Je vais en avoir besoin.
– Mais… s’exclama la mère. Elle n’en dit pas plus car Enimal était déjà hors de l’appartement.
Le garçon courut chez les uns et les autres pour rameuter toute la bande. Atela, Sophia, Ana et Agaza répondirent présent. Les autres étaient absents de chez eux où bien ne pouvaient pas venir. Les cinq enfants foncèrent vers le parc. Ils avaient tous un flacon de liquide vaisselle à la main.
Dès qu’ils furent arrivés dans le parc ils se dirigèrent vers leur arbre et grimpèrent dans la cabane.
– Ça ne va pas être coton de les retrouver, fit Sophia.
– Lola a pris les jumelles de son père, dit Enimal. On va surveiller à tour de rôle. En plus ça devrait aller, il n’y a pas trop de monde aujourd’hui. Les bébés Zebda vont surement sortir pour jouer dans l’herbe.
Ana prit le premier tour de surveillance. Puis Enimal, puis Sophia. Lorsque Atela porta les jumelles à ses yeux le découragement commençait à s’emparer des enfants.
– Ils ne sortiront pas, fit Ana. Où alors ils ne sont pas dans le parc.
– Je suis sur que si, dit Enimal.
– Hé ! Vous avez vu ce que j’ai vu, dans l’herbe ? s’écria soudain Atela.
– Quoi ? fit Enimal. Il n’y a rien en bas.
– Si, dit Lola. Regardez, là-bas, près du buisson. Les bébés Zebda …
Effectivement cinq ou six minuscules boules de poils couraient dans l’herbe, à une trentaine de mètres de leur cabane.
– Il faut que tu préviennes ton père, dit Sophia, s’adressant à Enimal.
– Non, dit celui-ci, en montrant son flacon de liquide vaisselle. Nous avons de quoi faire…
Les enfants descendirent de l’arbre et s’approchèrent le plus silencieusement possible des petites créatures. Arrivés à quelques mètres ils brandirent leurs armes et projetèrent de nombreux jets de liquide sur les boules de poils. Celles-ci éclatèrent, une à une, laissant dans l’air une abominable odeur. Les enfants s’enfuirent aussitôt jusqu’à leur cabane.
– Beuark ! fit Sophia. Je n’ai jamais vu une puanteur pareille.
– On voit que tu n’as jamais été chez Maurice, dit Lola. Chez lui c’est presque pire.
Enimal s’empara des jumelles et observa tout l’espace qui s’étendait devant lui. Il n’y avait plus trace des boules de poils.
– Je crois que cette fois-ci on en est débarrassé de ces bêtes.
Et effectivement on n’entendit plus jamais parler des créatures venues de l’espace. Et tout redevint comme avant.
Toute la bande reprit ses habitudes. De nouveau, chamailleries, discussions et jeux remplirent bien les journées des enfants. Et ils finirent par oublier les animaux venus de l’espace.
Peu après leur victoire sur les boules de poils, un vaccin contre le virus Zebda, c’est ainsi qu’on l’avait finalement baptisé, fut testé avec succès sur plusieurs volontaires. Aucun effet secondaire ne s’étant manifesté, il obtint rapidement son agrément.
Vaccinés, les enfants contaminés purent reprendre les cours normalement.
Et toute cette aventure, bien vite, ne fut plus que de l’histoire ancienne.
8
Très loin, quelque part dans l’espace, sur une planète qui ressemble à ce que la Terre était dans les temps anciens, six ou sept boules de poils courent librement au milieu d’herbes bleutées. Parfois ces créatures se souviennent d’une étrange planète, comme s’il s’agissait d’images surgies d’un rêve. Une planète où l’herbe est d’une curieuse couleur verte…
