La météorite de Gerland 2
3
Lorsque le lendemain, après l’école, les enfants se retrouvèrent dans leur arbre, ce fut pour constater que Zebda, leur protégé, n’était plus là.
— On aurait dû l’enfermer, dit Ana, une pointe de tristesse dans la voix.
— Il faut le chercher, ordonna Enimal. Il ne peut pas être très loin.
— Le parc est trop grand, remarqua Edwards. On ne va jamais le retrouver.
Soudain, saisie d’un malaise, Lola s’effondra sur le plancher de la cabane. Inquiets, les enfants la regardèrent, sans trop savoir quoi faire.
— Hé, fit Enimal. Qu’est-ce qui t’arrive ?
Sylvia tenta de la faire boire.
— Elle est toute chaude, constata-t-elle. Elle a de la fièvre. Il faut prévenir les parents.
Eminal partit en courant chercher du secours. Par chance, son père était de repos aujourd’hui. Il travaillait comme chercheur au laboratoire Jean Mérieux, de Lyon, un centre de recherche classé P4. C’était un spécialiste des virus. S’il y avait bien quelqu’un qui pouvait les aider ce serait sans aucun doute lui.
Enimal arriva chez lui tout essoufflé et eut du mal à expliquer clairement la situation à son père, tellement il était excité. Celui-ci comprit tout de même qu’une des amies de son fils avait fait un malaise. Il appela le Samu et les pompiers en essayant de leur décrire exactement la situation. Sortir la gamine de la cabane ne serait sans doute pas aisé. Puis à la suite d’Enimal il rejoignit le lieu du drame.
Lorsqu’ils arrivèrent, les secours n’étaient pas encore là. Ana, Aoda et Atela étaient en grande discussion au pied de l’arbre.
— Je crois que c’est grave, dit Atela. Les autres aussi sont malades. Ils sont dans la cabane.
— Bon, dit le chercheur. Tant qu’on ne sait pas à quoi nous avons à faire, interdiction absolue de retourner à la cabane. Il va sans doute falloir faire venir les services d’hygiène pour désinfecter ça.
Comme il s’apprêtait à monter dans l’arbre pour voir ce qui se passait, deux véhicules rouges arrivèrent, dont un équipé d’une nacelle, suivis d’un véhicule du Samu.
Le virologue expliqua aux secours la situation. Pompier et infirmiers enfilèrent aussitôt des gants et des masques hygiéniques, puis la nacelle s’éleva avec deux hommes à bord. Attraper les enfants puis les redescendre fut assez aisé pour ces spécialistes des secours. Les cinq enfants étaient inconscients. Ils avaient de la fièvre, mais leur respiration était calme.
Tandis que les malades étaient installés dans le véhicule du Samu, un des pompiers dit :
— Il va falloir prévenir les parents et emmener les autres enfants aussi pour leur faire subir un examen.
— Pour les parents, je m’en occupe, dit le chercheur. Et je vous accompagne. Je suis le père d’un des gamins. Je travaille au P4…
Au bout de vingt-quatre heures, les quatre enfants non affectés par l’étrange maladie ne montraient aucun signe d’infection. Quant à l’état des malades, il restait stable. Tous les cinq avaient repris conscience. Les familles de l’ensemble des enfants avaient subi elles-mêmes des examens. Tant qu’on ne savait pas de quoi il s’agissait, il fallait faire preuve de prudence. Tout le monde fut donc mis en quarantaine pour quelques jours.
Des examens, il ressortit un point commun chez tous les malades. Les mains de ceux-ci portaient des traces de petites morsures.
Le père d’Eminal interrogea son fils et les trois autres enfants bien portants pour essayer d’en apprendre un peu plus.
— Avez-vous été en contact avec une bête quelconque ?
Les enfants échangèrent un regard, puis Enimal dit :
— Oui, il y avait une bête dans la cabane. Comme un chat. Avec de longs poils. On l’appelle Zebda.
— Zebda a disparu. On ne sait pas où il est, ajouta Aoda.
— Comme un chat ? Tu veux dire que ce n’était pas vraiment un chat ? demanda le père.
— Non, dit Atela. C’était pas un chat. J’avais jamais vu un animal comme ça.
— Vous allez me dessiner cette bête. Qu’on voit à quoi elle ressemble exactement.
Le chercheur sortit des stylos et des feuilles de son porte-document et les enfants s’attelèrent à la tâche.
Le soir même, on apprit aux actualités qu’un homme avait été mordu par un animal de petite taille à proximité de l’autoroute A4, à hauteur de Gerland.
Quelques minutes plus tard, le père d’Enimal entrait en communication avec un de ses collègues de travail.
— Je crois que nous sommes confronté à un grave problème. Tu as vu l’histoire de cet homme agressé par une bête, en bordure de l’autoroute ?
— Oui, je viens de voir ça.
— Je pense qu’il s’agit de la même bête qui a contaminé les cinq enfants dont je t’ai parlé. Ce n’est qu’une intuition mais je crois que nous nous trouvons devant un problème sanitaire de première importance. Je suis prêt à parier que la personne mordue au bord de l’autoroute va présenter dans les heures à venir les mêmes symptômes que les enfants. À propos des enfants, a-t-on les résultats des premières analyses ?
— Oui, mais nous préférons nous tenir sur nos gardes. Ces premiers résultats sont troublants. Toutes les analyses sont actuellement vérifiées une nouvelle fois. On pourrait être confronté à un nouveau virus. Mais il est inutile de lancer une fausse alerte qui pourrait créer un effet de panique. Attends !… On me transmet à l’instant sur une autre ligne le rapport du labo. On serait en présence d’un virus de classe 3. Je préviens les services d’hygiène. Ce n’est peut-être qu’une fausse alerte, mais nous devons absolument retrouver cet animal. Au fait, tu ne le sais peut-être pas, mais l’analyse du petit météorite retrouvé à proximité de la bibliothèque a révélé des traces d’un animal. L’info est arrivée tout à l’heure. Tu crois qu’on est en présence d’une créature d’origine extra-terrestre ?
— Euh, fit le père d’Eminal. Je n’ai rien dit de tel.
— Mais tu te poses des questions, non ?
Le chercheur ne répondit pas. Mais la tentation de répondre par un oui à cette question était grande. Tout ce qu’il savait de cette affaire tendait de plus en plus dans ce sens. En même temps, son fond de rationalisme lui disait qu’il devait y avoir une autre explication. Une créature venue du fin fond de l’espace pour contaminer les terriens, ça relevait trop de la science-fiction.
