Chaque matin, sur son radeau
Ohé, du radeau !
Chaque matin, Marcel passe devant ma fenêtre sur son beau radeau acheté à bas prix chez Brico Brico (encore moins cher que pas cher).
Bien sûr, le Marcel y frime. Comme tout le monde il pourrait se déplacer à dos d’éléphant ou de serpolette à roulettes. Non, lui il préfère le radeau. On lui a bien dit que ces rues ne sont pas sures et qu’un jour il aura des pépins. Mais il n’en fait qu’à sa tête.
Moi je me suis toujours méfié de ces monstres qui rodent dans les profondeurs de ces océans de bitume et de ces pirates en costume traditionnel, bandeau sur l’œil et jambes de bois, qui hantent les vastes avenues. Parfois on entend au loin un « A l’abordage », tandis que tonne le canon.
Moi, je lui dis toujours au Marcel, «Les pirates n’attaquent que ce qui porte voiles ou rames». Avec ma serpolette à roulettes pas de risque.
Mais le Marcel tous les jours il frime sur son radeau bon marché. Parfois deux ou trois dauphins urbains l’accompagnent le long du trajet jusqu’à l’usine. Parfois un goéland, pour lui rappeler l’air du large.
Bien sûr un radeau ça ne se gare pas n’importe où. Alors à côté de la fabrique de lames de fond on a construit un hangar à radeaux et à voiliers, juste à côté des pâturages à éléphants et des baignoires à serpolettes. Il en faut pour tous les goûts.
Ohé du radeau!
Ce matin le Marcel n’est pas passé devant ma fenêtre sur son radeau acheté chez Brico Brico. Il s’est fait dévorer par un grand requin blanc.
On l’avait bien prévenu, le Marcel. Ces océans de bitume ne sont vraiment pas sûrs.
