La plante garou 4
Le lendemain, au réveil, les enfants furent convoqués dans le bureau de la directrice. Elle n’était vraiment pas contente. Fort heureusement, Borki avait trouvé une explication pour leur disparition de la veille. Ils étaient sensés s’être cachés dans le labo de Plantfol pour utiliser l’ordinateur.
L’explication parut satisfaire les gendarmes auxquels ils furent confrontés. La directrice leur donna un devoir de français en punition et plus personne ne s’intéressa à leur brève disparition.
Après les cours, en fin d’après-midi, Louna se retira dans sa chambre pour aller chercher un paquet de kleenex. Elle en profita pour jeter un coup d’œil sur la plante carnivore. Celle-ci paraissait un peu plus vivace que la veille. Trois feuilles bien vertes commençaient à prendre forme. La fillette sortit un petit vaporisateur de son sac et en aspergea l’Heliamphora.
— Voilà. Comme ça, tu sentiras bon, comme une vraie fleur.
La tige eut un mouvement de recul sous l’effet du jet de parfum et vint frôler la main de Louna. La fillette ressentit une douleur cuisante, là où la plante l’avait à peine effleuré, et se mit à saigner. Elle se contenta de s’essuyer avec un mouchoir de papier. La piqure était superficielle.
Lorsqu’elle retrouva ses compagnons, dans la salle de détente, Titef lui conseilla d’aller tout de même à l’infirmerie se faire faire un pansement, car la légère égratignure continuait de saigner. La fillette rechigna un peu, mais consentit finalement à se faire soigner.
— Ce n’est rien, dit l’infirmière, en lui passant un désinfectant. Demain ça ne se verra plus.
Peu après, comme les enfants faisaient leurs devoirs tout en discutant, Sabrina, la surveillante, vint leur annoncer que le diner était prêt.
— Mais ce n’est pas l’heure, constata Mandy, étonnée.
— Aujourd’hui le repas est avancé d’une demi-heure, car la cuisinière doit partir un peu plus tôt.
Les enfants abandonnèrent donc leurs affaires sur place et se rendirent au réfectoire, sans se douter qu’au même moment dans la chambre de Louna et d’Emarine se déroulait une scène inattendue.
Tandis qu’à travers la fenêtre, la pleine lune venait baigner de sa lumière l’étrange plante, celle-ci se mit à trembler de plus en plus fort, comme si l’éclat de l’astre lui donnait des forces nouvelles, puis elle se mit à avancer doucement sur ses racines. Le long de sa tige, des excroissances se formaient et prenaient vie. Certaines ressemblaient à des bourgeons, d’autres à des épines. La plante parcourut la surface de la table sur laquelle les filles l’avaient installée, puis descendit le long d’un des pieds de bois.
La première chose qu’elle rencontra sur son chemin fut un ballon, qui appartenait à Borki. Elle le piqua aussitôt et celui-ci, sur-le-champ, se métamorphosa en une copie caoutchouteuse de la plante.
Au fur et à mesure qu’elle avançait, la plante se transformait. Ressemblant de plus en plus à une plante carnivore telle qu’on les connaît. À l’extrémité de la tige, un sac s’ouvrait et se refermait. Comme une bouche sans dent, prête à avaler tout ce qui se présenterait à elle.
Après le dîner, les enfants passèrent un moment dans la salle de détente à discuter, puis ils regardèrent un film de science-fiction à la télé avant d’aller se coucher.
Borki s’arrêta devant la chambre de Louna et Emarine, car il voulait récupérer son ballon. Mais dans la chambre point de ballon. La plante avait disparu elle aussi.
— Ben, dit Emarine, c’est pas normal, ça. Quelqu’un vole nos affaires. Il faudra en parler à la directrice, demain.
Ils ne s’attardèrent pas plus sur cette étrange disparition et chacun alla au lit.
Au bout d’une demi-heure, Emarine fut réveillée par un bruit anormal venant de la couchette au-dessus de la sienne. Elle alluma sa lampe de chevet et aperçut un long filament vert qui descendait vers elle. Elle sortit immédiatement du lit et se précipita derrière la table.
Ce qu’elle vit sur la couchette du dessus la terrifia. À la place de Louna se dressait une plante carnivore géante. Un étrange wououououououou jaillissait de ses trois urnes qui ressemblaient à des bouches. Ce bruit était semblable à la fois à un souffle et à une plainte. Prenant son courage à deux mains Emarine fonça vers la porte et courut frapper aux autres chambres pour réveiller ses amis.
— Qu’est-ce qui se passe ? demanda Zigomar, en passant la tête dans le couloir.
Juste à ce moment, un tentacule végétal surgit de la chambre de Louma et Emarine.
— Ho ! Ho ! s’exclama Borki, en voyant la chose. Houston, je crois que nous avons un problème.
Réveillée par le bruit, la surveillante apparue à son tour, en robe de chambre.
— Qu’est-ce que vous faites dans le couloir à cette heure-ci au lieu de dormir ? demanda-t-elle.
Puis elle vit la plante carnivore géante qui avançait vers eux et devint aussi blanche qu’un cachet d’aspirine.
— Hé, s’inquiéta Mandy, Louna n’est pas avec nous.
Emarine tendit le bras vers la plante.
— C’est elle. Nous avons ramené de la forêt une plante garou. Tout ce qu’elle touche et pique se transforme.
— C’est la pleine lune, expliqua Titef. C’est pour ça.
— Il faut descendre, dit Borki. Sinon elle va nous bouffer.
Dans l’escalier, deux plantes de petite taille montaient les marches, à leur rencontre.
— Il faut passer par-dessus en faisant attention de ne pas se faire piquer. Elles ne vont pas très vite. On va s’enfermer dans le labo de plantfol. Lorsque la Lune sera couchée, les plantes perdront leur pouvoir et Louna redeviendra une fille.
Ils parvinrent sans mal jusqu’au laboratoire et s’enfermèrent à double tour.
Tant bien que mal, ils réussirent à dormir, couchés sur le sol. Par contre, la surveillante préféra veiller toute la nuit. Elle avait trop peur de ces horreurs pour s’abandonner au sommeil.
Au réveil les enfants se demandèrent s’ils avaient rêvé ou non. Car ces choses qu’ils avaient vues pendant la nuit ne pouvaient exister réellement.
Prudemment, Borki ouvrit la porte. Dans le couloir, Louna était allongée sur le sol. Un peu plus loin, il y avait le ballon, complètement dégonflé, puis la plante qu’ils avaient trouvée dans la forêt. Bien qu’ayant entièrement retrouvé sa couleur verte, elle paraissait inoffensive. Ce n’était plus qu’une banale plante carnivore.
La directrice surprit tout le groupe dans le hall du rez-de-chaussée.
— Que faites-vous ici les enfants ? Et vous Sabrina ?
— Il s’est passé une chose étrange, madame. Nous avons été attaqués par une plante géante.
— Une plante géante ? Que me racontez-vous là ? Sans doute avez-vous fait un cauchemar. Retourner dans vos chambres. Ce n’est pas encore l’heure du petit déjeuner. Et puis enlevez-moi ça, ajouta-t-elle en montrant le ballon dégonflé et la plante. Je ne veux pas que vous jouiez dans le hall.
Les enfants ne réagirent pas aux propos de la directrice. Ils préférèrent regagner sagement leurs chambres. Ils avaient eu suffisamment d’émotions au cours de la nuit.
