La cité des oiseaux 7. Fin
Chapitre7
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Nous attendions. La terre avait frémi, puis plus aucun signe de vie ne s’était manifesté. Les villes poursuivaient leur progression sans que rien ne semble devoir entraver leur marche.
Tout le monde s’impatientait.
Les tuiles de Mah-jong étaient ressorties de leur boite et nous nous affrontions dans des parties acharnées. Notre goéland, expert dans ce jeu, en profitait pour initier Chatminoute aux subtilités des dominos chinois. Parfois celle-ci s’endormait au cours d’une partie et l’un d’entre nous la remplaçait au pied levé.
Des océanes et des mouettes surveillaient constamment les villes pour suivre leur avancée. Mais aucun messager ne venait nous apporter la moindre bonne nouvelle.
Après deux semaines d’attente nous dûmes nous résigner à partir. A mon avis, si le sol avait bien été miné, comme je le pensais, il faudrait certainement des semaines, sinon des mois avant qu’il ne se produise quelque chose.
Lorsque nous quittâmes la cité céleste la déception se lisait dans les regards… Mais qu’y pouvions-nous ? J’avais beau conseiller la patience, tout le peuple oiseau attendait des résultats immédiats.
Kayama avait proposé d’aller voir de nouveau le roi des taupes. Mais j’estimais que c’était inutile. Et le nuage nous ramena tranquillement chez-nous.
Ensuite plus aucune nouvelle ne nous parvint de la Cité céleste.
À la fin de l’été, Chatminoute proposa de retourner voir les océanes. Kayama et Adeline étaient de nouveau de la partie.
Lorsque nous arrivâmes, Epsilon VIII était complètement déserte. Voyant cela nous avons craint le pire. Chatminoute s’est aussitôt lancé à la recherche de ses amis. Mais les vastes salles étaient vides. Comme si la cité avait été abandonnée.
— Pourtant les océanes étaient ici, il y a quelques heures à peine, nous a annoncé notre amie féline.
— Allons voir les villes usines, décida Adeline.
— Ce sera moins rapide à bord du nuage qu’à dos d’océane, ai-je annoncé, un sourire pincé au coin des lèvres.
— Tant pis, on y va, a ajouté Kayama.
On est donc parti, cap sur Eclatdenui, ou du moins sur la position approximative qu’elle devait occuper. Il nous fallut deux bonnes heures pour la rejoindre. À notre surprise les oiseaux étaient là. Haut dans le ciel, loin au dessus de nos têtes, ils tournaient en une danse lente. Ils devaient être des centaines de milliers. C’était étrange ce ballet silencieux. On aurait dit une danse funéraire. Puis en regardant en bas, dans l’ombre provoquée par le vol des oiseaux, dont les ailes se touchaient tellement ils étaient nombreux, nous avons compris. L’avant d’Eclatdenui, complètement brisé, pendait dans une immense fosse de cinq cents mètres de large et d’une centaine de mètres de profondeur. Une poussière épaisse imprégnait l’air.
— Ben, a dit Kayama au bout d’un moment, si avec ça la ville arrive à repartir…
Arca, accompagné de plusieurs oiseaux, est venu nous rejoindre.
— Même chose à l’autre extrémité, a-t-il commenté. Et il en est ainsi pour sept des villes usines. Nous avons rencontré des émissaires des animaux fouisseurs et avons conclu une trêve… Dans quelques semaines la totalité des villes usines s’enfoncera dans le sol. Leurs habitants auront quelques jours pour les abandonner puis les fosses seront comblées et il n’en restera plus la moindre trace à la surface du monde.
— Miaou, a conclu Chatminoute. Laissant entendre par là que pour une fois les méchants étaient punis comme ils le méritaient.
Inutile de vous dire, je pense, que tout le monde approuva.
Et à grands battements d’ailes, les oiseaux regagnèrent Epsilon VIII.
De mon côté je n’eus pas besoin de mettre le nuage en marche, car un groupe d’océanes accepta de nous tirer jusqu’à la cité céleste, à la prodigieuse vitesse de soixante kilomètres heure.
Mais promis juré, jamais nous ne révèlerons à personne que les humains peuvent survivre au-delà d’une quinzaine de kilomètres à l’heure. C’est largement suffisant pour contempler tranquillement le monde qui nous entoure.
