Ton univers impitoyable : Myspace – la Genèse
Tirée des annales secrètes d’Internet, voici enfin révélée l’histoire inconnue de Myspace.
Ça fait un bon moment que je me pose certaines questions existentielles : d’où vient Myspace ? Pourquoi fut-il créé ? Comment les grands chefs secrets, ces neuf mystérieux zinconnus, ont-ils fait pour nous piéger ?
En un temps pas si ancien, sur un monde pas si lointain…
Un jour, les ingénieux de Myspace se sont dit : notre monde en recherche d’une âme manque d’un Myspace. Nous allons donc en créer un. Et ce Myspace, nous l’appellerons Myspace.
Fort heureusement pour nous. Imaginez un seul instant qu’ils aient décidé de l’appeler Carabouilla. Ça ne l’aurait vraiment pas fait. On ne va pas sur son Carabouilla comme on va sur son Myspace, ou sur son space… Mais Carabouilla ? À la limite avec des petits oignons et de la crème fraîche. À part ça, sans doute rien à en tirer, même en solde.
Donc, Myspace fut.
Bien sûr, il fallut régler les lumières, cirer le ciel et les océans, mettre des rideaux aux hublots, régler les astres de nos nuits pour qu’ils étoilent nos mots de teintes lunatiques, et ouvrir des bureaux de poste.
Après quoi les ingénieux posèrent des cailloux blancs le long des routes pour guider les nouveaux aventuriers vers ces terres vierges, riches de tant de temps et de promesses.
« Faites-vous Petits Poucets », dirent-ils. « Venez et spacez ».
Alors très vite ils arrivèrent, par milliers, par millions, pour découvrir ce paradis à conquérir.
Chacun y apportant rêves et espoirs, mots et images. Découvrant de nouveaux voisins/voisines. Percevant de nouveaux sons.
Car joueurs de clés de douze et de fifrelin en gelée, machouilleurs de fasollasido, monteur en épingle de turlute acoustique, mille musiciens vinrent s’installer en ce lieu si charmant. Apportant et distribuant, à tout un chacun, notes en chute de gammes et poêlées de chansons à partager. Puis vinrent les artistes-peintres et les écrivains et les cinéastes. Tous ces jongleurs de mots et de couleurs et d’images et de sons qui chaque jour se promènent à cloche-pied sur l’arc-en-ciel.
Puis les autres vinrent aussi. Contempteurs de rêves, lecteurs acidulés de bandes dessinées, lectrices assoiffées de mots et de phrases et d’histoires. Charmeurs de sortilèges et éplucheurs de tendresse. Tous furent bientôt là.
C’est à ce moment-là, le jour du cent cinquante millionième immigrant que l’aventure commença véritablement. Ce jour-là que le Markus débarqua avec ses livres et sa cane à pêcher les cerises sauvages. Et c’est depuis ce temps, pas si longtemps ce temps, que Markus habite là. Et ses amis aussi.
Dans ce coin tranquille où les casseroles chantent à l’heure du petit déjeuner et les oiseaux sautent à la corde sur le coup de dix heures.
Dreling, dreling ! Pas la peine de sonner. Chez nous, la porte est toujours ouverte…
Publié sur Myspace, vers 2005/2006.
