Cléandre, dernier espoir. Episode 1
Si cette planète ressemble étrangement à celle de La mémé évaporée, ce n’est pas dû au hasard. J’ai écrit en 2007 plusieurs textes (cinq exactement) à partir du même point de départ, suggéré par Pierre Gévart, pour un numéro spécial de son fanzine Géante Rouge. Ce texte est toutefois inédit, en dehors du premier quart paru sur mon blog Myspace.
Laura s’arrêta au bas de la rampe, posant longuement son regard sur le paysage désolé qui s’étendait devant elle. En quittant Mars, elle savait à quoi s’attendre. Même si les dépliants des agences de voyages la présentaient sous un aspect paradisiaque, elle savait que Cléandre n’était pas une planète des plus hospitalières.
La lumière rouge d’un soleil mourant accentuait l’impression de désolation qui se dégageait de ces pauvres baraquements, agglutinés tout autour de l’astroport. Habitations à l’apparence misérable, avec leurs toitures recouvertes de morceaux de tissu goudronné et de feuillages pourrissants, pareilles à un manteau de misère.
La jeune femme secoua la tête. Pas question de reculer, maintenant qu’elle était là.
Elle porta ses yeux sur les bâtiments sombres, à l’autre bout du quai. Ils abritaient les bureaux du service de l’enregistrement. C’était ici que les nouveaux arrivants devaient montrer patte blanche.
Laura pressa le pas pour rejoindre ses compagnons de voyage.
La plupart d’entre eux avaient sacrifié leurs dernières économies pour ce périple vers l’inconnu, ce nouvel eldorado chargé de promesses, si on en croyait les publicité. Mais la vue du triste campement qui s’étendait sur des centaines d’hectares laissait place au doute.
Laura avait toutefois un avantage sérieux sur les passagers du vaisseau en provenance de Mars. En effet, elle était la seule à posséder son billet de retour.
Elle ne resterait ici que quelques jours, tout au plus une semaine ou deux. Envoyée par l’Agence Martienne de Presse elle devait ramener de Cléandre un reportage sur les colons et leur travail. Ce genre de sujet ne la passionnait pas outre mesure, mais lui donnait l’occasion de découvrir un nouveau monde sur lequel elle n’aurait probablement jamais mis les pieds.
Un officier administratif l’accueillit d’une manière assez neutre. Sans doute s’agissait-il d’un androïde. Pour des raisons d’économie, l’administration en utilisait beaucoup sur les mondes lointains.
— Mademoiselle Laura Dobriev, de l’Agence Mars Presse, je suppose. On nous a prévenus de votre arrivée.
La jeune femme présenta son passeport tandis que divers appareils invisibles la scannaient sous toutes les coutures. Un écran de contrôle afficha aussitôt un certificat garantissant qu’elle était bien celle qu’elle prétendait être et que ses documents étaient authentiques.
— Votre chambre est réservée au Palace-hôtel, précisa l’officier, en lui rendant ses documents.
De palace, le bâtiment n’avait que le nom et ressemblait à n’importe lequel de ces miteux hôtels de passe qui se dressent à proximité de chaque astroport.
À peine la journaliste eut-elle pris possession de sa chambre, qu’un robot s’empressa de lui apporter boisson et nourriture. Elle se demanda si les colons bénéficiaient à leur arrivée des mêmes faveurs ou bien si elle devait cela à son statut particulier. Dès le départ du robot, elle activa le verrouillage électronique de la porte. Le lieu ne lui inspirait guère confiance et on racontait tant d’histoires sordides sur les hôtels de ce genre.
Elle tenta d’entrer en contact avec son agence de presse, via son compunote, mais des interférences brouillaient le signal. Sans doute serait-elle obligée de passer par le centre local de communications pour transmettre messages et articles. Elle s’assura que les principales fonctions de l’ordinateur de poche étaient activées. Ce n’était pas le moment d’avoir une panne quelconque. Elle réalisa une dizaine de photos de sa chambre et dicta quelques mots. En dehors de la transmission de données vers l’extérieur, l’appareil paraissait pleinement opérationnel.
Elle mangea, la nourriture était assez fade, puis relut le dossier sur Cléandre qu’on lui avait remis avant son départ. Il ne contenait pas grand-chose, en dehors de belles photos aguicheuses et de beaucoup de blabla publicitaire. L’administration centrale savait s’y prendre pour promouvoir les vertus de ses colonies.
Ici, à cause du mouvement asynchrone des soleils jumeaux, la clarté crépusculaire ne laissait jamais place à des nuits très longues.
Laura absorba deux comprimés anti-fatigue et décida d’aller à la rencontre de cette étrange colonie minière.
Dans le hall de l’hôtel, un robot lui demanda si elle désirait un guide. Elle rejeta l’offre, préférant découvrir Cléandre par elle-même. Elle dirigea ses pas vers les baraques découvertes à son arrivée. Le campement semblait mort. Elle frappa à plusieurs portes, mais n’obtint aucune réponse. Elle se décida finalement à entrer dans une habitation. Un lit, une table, un banc et des vêtements empilés. Rien d’autre. Elle explora plusieurs de ces pauvres logements.
Chaque fois qu’elle franchissait une porte elle retrouvait le même décor. Dans l’une d’elles, un homme dormait. Elle n’osa pas le réveiller. Elle réalisa une série de photos avant de prendre la direction des mines.
(A suivre)
