Ma sorcière au shanga
Pour Kayama, mon étrange sorcière
Souvent, je l’imagine, avec son visage allongé, encadré d’une sombre chevelure, et ses sourires légers qui pincent sa bouche à chaque extrémité. Longtemps elle fut ma démone, mon étrange sorcière au shanga.
C’est ainsi que je la désignais, car elle avait toujours avec elle un de ces curieux félins de la planète Cepheis III. Une de ses bêtes qu’on utilise de plus en plus comme animaux de compagnie. Souvent, elle tenait l’animal dans ses bras. Par une étrange osmose qui les liait intimement, le regard de la bête se posait toujours sur le même point que celui de sa maîtresse.
L’ombre lui convenait. Je ne l’ai jamais vue s’asseoir en pleine lumière. Elle était une de ces divinités de la nuit, au pâle visage évoquant un astre vivant, à laquelle on ne sait par quels mots s’adresser.
Lorsqu’elle me regardait, j’étais parfois troublé, me demandant ce que ses grands yeux cernés d’ombre découvraient en moi.
Malgré son corps de femme, elle était encore enfant, et parfois se perdait dans d’étranges rêves qui envahissaient la pièce dans laquelle nous nous trouvions. Des volutes de nuit jaillissaient alors de son corps et rampaient jusqu’à moi. Elles venaient me caresser le visage en d’étranges attouchements, provoquant de petits picotements érotiques, qui se transformaient bien vite en baisers rapides. Étrange étreinte qui durait à peine quelques minutes.
Chaque fois, lorsque je rouvrais les yeux après cet assaut sensuel, elle n’était plus là. Jusqu’à ce que nos routes se croisent de nouveau, dans une soirée ou dans un jardin abandonné à la nuit, dans lequel mes pas m’avaient conduit.
Ce n’était jamais totalement un hasard. Dès qu’elle en éprouvait le désir, par je ne sais quel pouvoir, elle me guidait de nouveau jusqu’à elle. Et l’étrange cérémonial recommençait. Toujours me laissant avec la même frustration. Toujours me laissant sur une rencontre inachevée.
Et puis une nuit elle est partie définitivement vers d’autres mondes.
Elle ne restait jamais longtemps avec ceux qu’elle envoûtait. Toujours ses désirs changeaient. Toujours elle avait besoin de nouveaux rêves.
Et l’univers est si vaste…
