La Cité des oiseaux 3
Chapitre 3
Au dessus des villes usines
À dos d’océane, la plongée vers la surface de Monde, et en particulier vers les villes usines, est une expérience unique. Vous avez l’impression de chuter telle une pierre pendant de longues minutes jusqu’au moment où l’oiseau déploie ses ailes d’une incroyable envergure et se laisse porter par les vents. Le passage se fait en douceur et j’entends Kayama et Adeline rire en poussant de longs « youououou ».
Chatminoute, installé devant moi, garde les yeux à demi fermés tandis que l’air lui caresse le visage.
— Nous ne descendrons pas plus bas, me dit l’océane que je chevauche. Ce serait la mort immédiate. Les fumées rejetées par les usines sont trop nocives.
Au-dessous de nous les villes sont difficilement visibles tant le nuage noir qui les recouvre est dense. Parfois quand le vent tourne et dégage un espace suffisant nous apercevons d’immenses cheminées ou de monstrueux canons. Aussi bien les unes que les autres paraissent innombrables.
— C’est terrifiant, me dit Kayama. Nous devons arrêter ça.
— Les océanes ne peuvent descendre plus bas, j’explique… Allons jusqu’au point de rencontre d’Ekladenui et de Rêvemort. Nous ne pourrons rien faire sans notre nuage.
Au milieu de cet océan de fumées nauséabondes et délétères, une mince trouée permet de situer le no man’s land qui sépare les deux villes usines. On aperçoit à cet endroit les rails de plusieurs mètres de largeur et de hauteur qui permettent aux villes de se déplacer.
Tels des fourmis des dizaines de milliers d’hommes en combinaisons intégrales construisent au fur et à mesure les voies sur lesquelles ces cités monstrueuses progressent à la surface de Monde. Les ouvriers d’Ekladenui sont vêtus de rouges, ceux de Rêvemort sont en gris.
Plusieurs hommes lèvent le doigt vers nous. Tout de suite après éclatent des coups de feu.
— Hé, s’exclame Adeline. Ils sont fous, ils vont nous tuer.
Les océanes ont déjà repris de la hauteur et se tiennent hors de portée des armes à feu. Mais nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Bientôt un bruit de moteurs attire notre attention. Deux ailes rouges arrivent dans notre direction.
— Danger, dit l’océane que je chevauche. Il s’agit d’engins envoyés par Ekladenui.
Les océanes plongent avec un bel ensemble avant de remonter pratiquement à la verticale. Les oiseaux ont opéré leur manœuvre juste à temps. Des balles traversent le ciel de tous côtés.
Je repère une dizaine d’ailes au-dessous de nous. Et d’autres arrivent dans le lointain.
— Ces machines volantes ne nous suivront pas, me dit l’océane. Elles n’ont pas assez d’autonomie.
— Je ne pensais pas, dis-je, que les villes usines étaient en état de guerre permanent contre tout ce qui bouge.
— Sans doute les gens d’Eclatdenui nous ont pris pour des espions à la solde d’une autre cité.
— Il est vraiment temps d’agir. Sinon un jour ou l’autre les villes du Sud devront entrer à leur tour dans la bataille.
— Mais, constate Kayama, nous ne voulons pas de leur sale guerre.
— Je crois que si ces monstruosités descendent jusque vers nos cités nous n’aurons pas d’autre alternative.
Sur un dernier virement d’ailes, les océanes nous ramènent vers Epsilon VIII. Il est temps de dresser un plan pour mettre fin à cette folie.
