Les dernières armes
Début d’une nouvelle dont j’ai perdu une bonne partie.
Je suis né en 7234 des vents de Sian. Ma mère première est originaire de l’arche souterraine de Kharmaedan.
On a dit de Kharmaedan qu’elle est la plus grande cité que l’univers ait jamais connue. Avec ses deux cent vingt-cinq millions d’habitants, je pense, en effet, qu’aucune métropole ne peut lui disputer ce titre.
Mon père venait d’Alpha du Cygne. Et moi Klaen Herse Blean suis né de l’union de ces deux êtres si dissemblables. Mon père s’est éteint à l’âge de 32 ans comme tous les mâles de son peuple. Ma mère, si elle a de la chance, vivra jusqu’à trois cent cinquante ans.
Moi j’ai trente-quatre ans. J’aurais pu acquérir le caractère héréditaire de mon père et mourir il y a deux ans. Mais mon espérance de vie sera proche des 350 ans, comme pour ma mère. À moins d’un accident de parcours.
Bien qu’après la mort de mon père elle ait eu trois enfants, deux filles et un garçon, de trois compagnons différents, ma mère première ne s’est jamais remariée, suivant la coutume de l’arche.
J’ai trouvé ces informations sur les archives des matriarcats et patriarcats de Shan-Dar, qui regroupent les informations des registres d’état civil ou de ce qui en tient lieu de tout le Sextant.
J’ai quitté le domicile familial à l’âge de 12 ans. Depuis je n’ai jamais revu ma mère et n’en éprouve point le besoin. Peut-être parce qu’au plus profond de moi je lui en veux d’être ce que je suis.
Tout ce que je peux dire d’elle c’est qu’elle était sévère. Très sévère. Elle ne souriait jamais. Je crois qu’elle ne m’a jamais aimé. Mais de cela aurai-je un jour la moindre certitude ? Elle était si étrange et si belle aussi.
À douze ans j’ai rejoint une de mes tantes, après un voyage en clandestin à bord du Sirius II, un vaisseau de luxe qui une fois par semaine parcourt la route céleste qui mène de Kharmaedan à Xhan Chaen, la planète jumelle. C’est là que vit Marevaen Lugieza, une des demi-sœurs de ma mère. Elle a su garder le secret. Et, désormais, pour les archives de Shan-Dar, elle est ma mère, je suis son fils. De chair et de sang.
Dans ma seconde vie, je suis né à l’âge de douze ans. Désormais Klaen Chaen. Un nom que j’ai choisi librement. Un nom que les sages m’ont accordé. Tout ce qui s’est passé avant n’a jamais existé, ou peut-être que si. Mais moi j’aurai bien voulu l’effacer définitivement ce passé dont je ne voulais pas. J’aurai voulu naître réellement à l’âge de douze ans. Sans la moindre trace de cette première vie que je haïssais. Vierge de toute enfance.
Ma mère seconde n’a plus de relations avec sa demi-sœur depuis de nombreuses années. Je crois que cette rupture a eu lieu bien avant que ma mère biologique ne rencontre mon père. Ma tante n’a jamais voulu me parler de ce qui s’est passé. Je n’ai pas essayé d’en savoir plus. Ce n’est pas mon histoire. Sans doute me trouvera-t-on égoïste, mais sur Kharmaedan on ne s’interroge jamais sur cette part des histoires personnelles qui appartient aux autres. L’histoire des autres n’existe que par ce que nous en connaissons directement, que par ce vécu commun qui compose notre vie. Il est déjà si difficile de gérer tous les événements de notre propre vie que vouloir s’approprier le vécu des autres relèverait de l’impossible.
Je suis Klaen Chaen. Je suis venu sur ce monde à l’âge de douze ans. Sans enfance. Ou presque. Trop chargé d’une enfance volée.
Un an après mon arrivée à Xhan Chaen j’ai commencé à suivre les cours communautaires, Mes compagnons étaient bien plus jeunes que moi, J’étais souvent un objet de moquerie pour eux, Une sorte d ‘attardé mental, Je ne leur en veux pas pour ces humiliations.
