Le livre
Si vous ouvrez l’ouvrage d’Emile Segalen, Manuel de Haute magie, dans l’édition de 1877, vous remarquerez, page 53, une tache qui recouvre le milieu des lignes 15 et 16. Ne cherchez pas. J’ai consulté plusieurs exemplaires de cette édition. La même tache apparaît dans tous les volumes. Comme un défaut d’impression. Toutefois il n’en est rien. Si vous ouvrez plusieurs fois le livre à cette fameuse page 53 vous vous rendrez compte que la tache n’a jamais la même forme. J’en ai réalisée plusieurs photos. Tantôt de minuscules tentacules d’encre s’élèvent presque jusqu’à la ligne au dessus, d’autre fois elle s’étend sur une plus grande surface. Comme si elle voulait recouvrir toute la page.
Je l’ai observée à la loupe. Elle ne présente aucune particularité notable. Elle ressemble à n’importe quelle tache d’encre.
Cette curieuse tache m’a poussé à faire des recherches sur l’auteur.
Né en 1836, à Romainville, il n’a guère laissé de traces. Il semble surgir de nulle part lorsque parait la première édition de son ouvrage, en 1875. Le Manuel de Haute magie est reconnu dès sa parution comme un ouvrage clé, comme le travail d’un initié de premier rang. Mais personne, parmi les grands occultistes du XIXe siècle, ne semble l’avoir rencontré personnellement. L’édition de 1877 a été publiée juste après sa disparition ou peut-être sa mort. Nous ne possédons aucune certitude à ce sujet, si ce n’est que son ouvrage qui connut 9 éditions successives ne sera plus réimprimé à partir de l’édition de 1877. Il n’existe aucun acte de décès le concernant.
Le livre de Pierre Dubreuil, Les heures dernières (Paris, 1882), recense dans sa bibliographie deux lettres d’Emile Segalen, non retrouvées, bien que la BNF possède un fond Pierre Dubreuil très complet.
Cette tache, dans l’édition de 1877 m’intrigue. Elle à quelque chose d’inhabituelle. J’ai scanné la vingtaine de photos que j’ai prise et les ai superposées. J’ai comme l’impression d’un appel au secours. Comme si l’auteur était prisonnier de son livre. Parfois les minuscules tentacules qui surgissent de la tache semblent vouloir former des mots. Mais jamais elles ne vont jusqu’au bout. Quelque fois je parviens à déchiffrer S A U que je transforme dans mon esprit en S A U V E Z – M O I. Sans doute suis je emporté par mon désir de comprendre ce qu’il est advenu de lui. Pourquoi sa vie si secrète abandonne-t-elle partiellement l’obscurité pour révéler partiellement sa présence à travers un livre ? A moins qu’Emile Segalen ne soit le livre lui-même. Voilà peut-être la véritable réponse à cette énigme. Emile Segalen est le livre et cette tache est le signe qu’il vit toujours.

Bonjour, Jean-Marc. Appris l’existence de ce blog dans un post de Sylvie Denis sur sa page facebook. Suis venu voir par curiosité (on se connaissait dans les années 77/80 environ). Excellent site, je reviendrai et y passerai du temps. Bien à vous.
Salut Francis. Merci pour ton commentaire. Je me souviens bien de toi. Je consacre une page de mon journal à mon séjour à Bordeaux, en 1987.
https://murenes.fr/les-annees-prodigieuses-1987-suite/
Amitiés.