Radio Skrouik se rebiffe, la Vallée aussi
Chroniques de la Vallée
8ème épisode
Trois jours après notre découverte radio Skrouik changea sa « programmation ». Désormais la journée ne commençait plus avec l’habituel signal skrouiiiiiiik bzzzzzzzzzzzzzzzz skrouik zzzzzzzzz skrouiiiiiik que nous connaissions tous par cœur. Ce premier jour nous eûmes droit pour démarrer la journée à un bzzziiiii truiiiiii bzzzzzzzz skrouik skrouiiiik bzzzzzzzzz du plus mauvais effet.
A 10h30, Jo, le patron du Café de la Vallée, arrêta l’énorme poste posé sur son comptoir et dans l’heure qui suivit tout le monde éteignit sa radio.
Chaque fois que le silence envahissait la Vallée, ce qui n’était pas si fréquent que ça, nous avions l’impression que la fin du monde était arrivée.
Jo nous servit une tournée de Pistaga.
Jacotet, l’ainé, leva sa canne et s’écria :
— Guerre à radio Skrouik.
— Retrouvons nous sur la grand place, à midi, proposa Anselme Charbonneau. Nous devons mettre en place une riposte.
— Tous sur la Grand place, s’écrièrent une trentaine de voix.
Le café se vida rapidement de ses habitués et à midi pile nous étions un peu plus de 700 à attendre sur la grand place, dans un étrange silence. A midi 3, une charrette conduite par l’épicier s’arrêta devant nous. La veuve Coudrian en descendit. Elle se tourna vers moi.
— Puisque radio Skrouik nous abandonne nous allons la recréer à notre manière. Nous allons installer au café le magnétophone et un ampli, avec les enregistrements que j’ai réalisés, et nous allons installer 4 enceintes sur la façade. D’ici deux, trois heures, tout au plus, notre radio sera de retour.
L’épicier conduisit la charrette devant le café et je m’empressai d’emporter le magnétophone à l’intérieur, suivi par le tenancier qui portait l’ampli et les cassettes. Pendant ce temps l’épicier déposa les enceintes à l’extérieur. La veuve brancha l’ensemble et mis une bande numérotée un en place et appuya sur lecture.
Un rassurant skrouiiiiiiik bzzzzzzzzzzzzzzzz skrouik zzzzzzzzz skrouiiiiiik envahit la Vallée et tout le monde applaudit.
— Nous fixerons les enceintes sous le toit, cet après-midi, dit Jo.
Je m’installais à une table. La veuve, l’épicier et Anselme Charbonneau me rejoignirent. Et Jo ne se fit pas prier pour remplir nos verres.
Jacotet, l’ainé, leva son verre.
— A la victoire.
Une quarantaine de verres suivirent le mouvement tandis qu’à l’extérieur quelques dizaines de personnes dansaient au son de radio Skrouik, la vraie.
Radio Skrouik
