La plante Garou 6. Fin
La nuit même, vers une heure, ils descendirent, tel une bande de conspirateurs, aux cuisines. A la lueur d’une lampe de poche qu’ils avaient trouvée, ils préparèrent la fameuse purée. Ils la laissèrent cuire dans le four un bon moment. Au bout d’une demi-heure, Mandy retira le plat du four, en faisant attention de ne pas se brûler.
— Voilà c’est prêt.
— Ça a l’air bon, dit Zigomar.
Louna se précipita vers la porte.
— Empêchez-la de s’enfuir. Il faut qu’elle en mange au moins une cuillère, dit Emarine.
— Trop tard, dit Borki, tandis que leur amie commençait à se transformer en plante.
Les enfants se précipitèrent de l’autre côté de la cuisine. Titef s’empara d’une louche et Zigomar prit un grand couteau de cuisine.
— Attention, prévint Mandy, il ne faut pas la blesser. C’est notre amie.
— Ouais, ben amie ou pas, dit Zigomar, moi j’ai pas envie de finir dans l’estomac de ce monstre.
La créature avançait vers eux. Elle était terrifiante. Elle agitait ses tiges tentaculaires dans tous les sens pour essayer de les attraper.
Emarine, qui portait le plat de purée, plongea la cuillère dans la pâte dorée et la porta à sa bouche. Ce n’était vraiment pas bon. Elle parvint tout de même à avaler ce qu’elle avait dans la bouche. Ainsi elle serait protégée des morsures du monstre. Courageusement, elle s’avança vers la plante. Elle plongea de nouveau la cuillère dans la purée puis jeta la nourriture dans la gueule menaçante de la plante carnivore. Celle-ci avala goulûment l’étrange pâtée. Puis elle poussa son étrange plainte : wououououououou, eut un hoquet et s’effondra au pied des enfants. Presque aussitôt elle reprit sa forme humaine.
— Ouaiaiais ! ça marche, fit Borki. On est sauvé !
— Bon, il est temps de retourner au lit, fit Kenza en bâillant.
— Oui, moi je commence à avoir sommeil, ajouta Leila en ouvrant la porte.
Elle poussa aussitôt un hurlement de terreur et referma la porte sur un long tentacule végétal. Zigomar se précipita sur l’appendice qui empêchait la porte de se fermer et le coupa avec le couteau de boucher qu’il tenait toujours.
Les enfants s’empressèrent de verrouiller la porte.
— C’est quoi, ça ? demanda Mandy, en observant le tentacule verdâtre.
— Je parie que c’est la plante qu’on a ramenée de la forêt qui est devenue gigantesque, dit Titef.
Il faut faire quelque chose.
— Il faut procéder de nouveau comme tout à l’heure, avec moi, dit Louna, qui avait repris conscience.
— Oui, mais celle-là elle est encore plus grosse, constata Mandy. Moi elle me fout la trouille.
Au même moment un hurlement leur parvint.
— Ça, c’est la directrice qui vient de faire connaissance avec la plante, dit Zigomar.
— Je sors, tant qu’elle est occupée ailleurs, dit Emarine en ouvrant la porte.
Elle se faufila dans le hall et gravit les escaliers quatre à quatre. Elle tenait toujours à la main le plat de purée. La plante la vit et se mit à la suivre. Elle mesurait au moins trois mètres de haut. Emarine s’arrêta au sommet des marches. Elle avait rempli sa cuillère de purée et dès que la plante fut assez proche lui lança la nourriture entre ses deux clapets dentelés. Cela n’arrêta pas le monstre qui continua d’avancer sur elle. La fillette lui envoya une seconde ration. La plante monta encore de deux marches. Emarine commençait à désespérer de venir à bout de la créature. Pour la troisième fois, elle lança une cuillerée de purée, tout en reculant dans le couloir. Une vrille s’enroula autour d’un bras de la fillette, puis une seconde et, soudain, la plante relâcha son emprise et s’effondra au milieu de l’escalier. Presque aussitôt elle retrouva son aspect d’origine.
Emarine s’approcha. Elle n’avait jamais eu aussi peur de sa vie.
— Hé, appela-t-elle, vous pouvez venir, c’est fini…
Les enfants se montrèrent un à un, Borki en tête. Derrière eux suivaient le gardien, qui tenait un fusil de chasse à la main, puis la directrice et Sabrina.
Comme ses amis s’arrêtaient au bas des escaliers, Emarine leur dit :
— Vous pouvez venir, il n’y a plus de danger.
Borki tendit un doigt dans sa direction.
— Derrière toi…
La fillette se retourna lentement, s’attendant au pire.
En découvrant la plante caoutchouteuse qui avait été un ballon avant de se métamorphoser, elle éclata de rire. Celle-ci se dandinait tranquillement observant avec curiosité tous ces gens éveillés en pleine nuit. Emarine s’approcha d’elle et lui donna une cuillerée de sa purée. Et aussitôt la plante redevint ballon. Au plus grand soulagement de tous.
— Je me demande, dit Borki, en récupérant son bien, ce qui se serait passé s’il avait contaminé une personne. Est-ce qu’elle se serait transformée en plante ou en ballon.
— Et bien moi je préfère ne pas le savoir, dit Mandy en retournant se coucher.
