Elle
Valérie Debieux, auteure suisse, a une manière bien à elle de tracer des portraits, de mettre en scène des destins, de raconter une petite scène. Je m’étais déjà amusé à la parodier, sur Myspace. Par la suite je l’ai mise en scène dans une histoire inédite écrite spécialement pour elle-même, et cette fois-ci j’imite son type d’histoire tout en gardant mon propre style, façon : Qu’est-ce que ça donnerait si c’était moi-même qui écrivais les histoires de notre Valérie suisse ?
Ils ne se voient pas souvent. Plusieurs centaines de kilomètres les séparent. Téléphone, messenger, mails sont leurs liens quotidiens. Parfois, il lui envoie de belles cartes postales. D’autre fois il laisse un message sur son répondeur.
Toujours, elle s’étonne de cette manière douce et furtive qu’il a de manifester quotidiennement sa présence.
Toujours, ses messages la surprennent là où elle ne les attend pas. Parfois juste un mot. Parfois un message plus long. Sur son site, sur son blog. Dans sa boite aux lettres virtuelle, dans sa vraie boite aux lettres aussi. Parfois dans les commentaires d’un site qu’elle visite souvent. Toujours il laisse comme un sourire, comme un moment de tendresse.
Elle lui répond parfois par une phrase. Plus souvent par des cartes virtuelles. Elle, les mots ce n’est pas trop son truc. Elle est images et musiques. Elle lui fait découvrir plein de sons qu’il ne connaît pas. Il en est heureux. Elle est fière qu’il accepte le peu qu’elle a à lui donner. Parfois, elle a l’impression ne pas être à la hauteur de ses attentes. Toujours il la rassure. Il lui dit combien sont importants ces moments qu’elle lui offre. Toujours à son écoute.
Elle n’a jamais été aussi bien. Elle finit même par oublier les neuroleptiques qu’elle prend depuis plusieurs années. Elle revit.
Il lui fait découvrir des livres. Il l’aide souvent via Messenger. Problèmes informatiques, papiers administratifs, il est toujours présent. Il lui apprend la patience, il lui apprend à vivre. Souvent elle l’amuse tendrement de ses naïvetés. Souvent il la fait rire de ses mots inattendus.
Elle n’est pas une très bonne cuisinière, mais la cuisine simple qu’elle prépare est toujours appétissante. Elle rougit des compliments qu’il lui adresse chaque fois qu’ils passent quelques jours ensembles. Il lui apprend de nouvelles épices, de nouvelles préparations. Parfois c’est lui qui prépare le repas. Il se débrouille bien mieux qu’elle. Mais elle apprend à son contact. Il lui dit toujours qu’elle est une élève attentive. Il s’émerveille souvent de sa curiosité naturelle. De cette envie d’apprendre qui l’habite.
Un soir il regarde son écran. C’est le grand silence. Elle n’est pas là. Son mobile ne répond pas. Il s’inquiète. Il se souvient de son message du matin. Elle devrait être derrière son ordinateur. Il lui envoie un mail, puis un second.
Toujours rien.
On frappe à la porte. Il se précipite. Il ouvre. Elle est là. Rayonnante.
— C’est bien moi…
Il n’en croit pas ses yeux. Il la prend dans ses bras. Ils s’embrassent longuement.
— J’ai décidé de te faire la surprise. J’ai une semaine de congé.
Il la regarde longuement. Puis il ferme la porte et va éteindre son ordinateur.
— Lui aussi il a droit à quelques jours de vacances, dit-il en souriant.
