Radio Skrouik, l’énigme de la Vallée 2
Chroniques de la Vallée
11ème épisode – 2ème partie
— Marco, tu es avec nous ?
La voix de Rose me tira de ma rêverie.
— Oui… Je crois que je tiens une piste. J’aimerai bien savoir ce qui s’est passé le 7 octobre 1936, lorsque la Vallée a fait involontairement sécession du reste de la Terre… Il faut vraiment que j’explore les archives du curé.
— Bon, dit Rose, c’est bien beau tout ça, mais je ne sais toujours pas pourquoi tu voulais me voir.
— Je veux relancer la gazette de la Vallée.
— La gazette ?
— Elle a cessé de paraître en 1953, avec la mort de Lucien Vernon, son éditeur/imprimeur. Tout le matériel est resté tel quel dans son atelier. Et les sœurs Rousseau fabriquent le papier dont nous avons besoin jusqu’ici, à partir de chanvre que tu leur fournis. Je me disais que tu pourrais augmenter la surface de ta plantation pour l’édition d’un tabloïde mensuel de 12 pages à 400 exemplaires.
— Ben mon coco, tu as pensé à tout. Et le surcroit de travail ?
— Tout le monde, dans la Vallée, dispose de temps libre et peut venir donner un coup de main. Moi le premier. Je passe mon temps à cogiter et j’ai 50 000 idées du genre. Tu veux que je te les énumère ?
— Stop, stop ! fit Rose en levant les mains. Je sais de quoi tu es capable… Bon, le chanvre ce n’est pas un problème, ça pousse tout seul. Et ici ce n’est pas la terre qui manque.
D’un mouvement de la main elle désigna les champs et les terres inexploitées tout autour d’eux.
— Je sais bien, poursuivit-elle, que tout le monde est prêt à donner un coup de main. Et ça ne nous donnera pas vraiment de travail en plus.
L’idée de reprendre la publication de la gazette m’était venue en remplissant le cahier bleu. Radio Skrouik c’était une chose, mais la Vallée devait éviter de se scléroser. Une publication régulière de la gazette renforcerait le lien social. Martin était d’accord pour la livrer dans les coins les plus reculés. Car si la population restait concentrée dans le village et ses alentours, une bonne centaine d’habitations étaient dispersées sur près de cent vingt kilomètres.
Le travail avec la presse Heidelberg ne posait pas de problème. J’avais souvent aidé Lucien Vernon dans son atelier. Par contre il allait falloir apprendre à fabriquer notre encre. Ce qui nécessitera pas mal de tâtonnements sans doute.
Le repas de la mi journée fut aussi copieux, sinon plus, que le petit déjeuner.
Au retour nous nous arrêtâmes à l’atelier;. Sur une étagère je récupérais deux ouvrages assez volumineux sur les encres d’imprimerie. Potasser tout ça allait prendre du temps. Martin en profita pour examiner l’Heidelberg.
— Ça m’a l’air costaud.
— Tu te sens capable de la réparer si elle tombe en panne ?
— Du bon matériel, mais pas trop compliqué. Je veux bien me charger de l’entretien.
Nous terminâmes l’après midi chez Jo, devant un pistaga. J’en profitais pour résumer la journée dans le cahier bleu et surtout noter l’improbable mot du jour : snorgozimagri.
Radio Skrouik
©Markus Leicht
