Le n°7 des Lames Vorpales, avec le dossier Michel Jeury, paraît enfin. C’est un beau numéro, mais il me laisse insatisfait. Il ne correspond en rien à mon projet initial. A ce moment là j’aurai été incapable de pousser le travail plus loin. Je suis au bord de l’implosion et quelques semaines plus tard je quitterai Wizard. C’est le seul numéro que j’aurais volontiers refait entièrement. Toutefois ça reste un beau morceau. Guest editorial de John Brunner. Et les articles, signés Durastanti, Rahier, Ravella, sont excellents. Sans oublier un papier de Jeury sur John Brunner et le premier chapitre d’un roman à paraître : Le jeu du monde. En bref rien à jeter, mais un manque de travail certain. Et le reste du numéro est de bonne tenue. Textes de Sylvie Lainé, BD d’Eric Koosinlin, des strips inédits de Julio Ribera, et un beau portfolio photo de mon frère sur le cimetière monumental de Milan…
C’est peu après la sortie de ce numéro qu’André-François Ruaud débarque à la boutique. C’est l’éditeur du zine Yellow Submarine. Il arrive de Bordeaux et vient s’installer à Lyon. Bien sûr je vais tout de suite collaborer à sa publication.
Le matin du 6 octobre, un dimanche, le téléphone me surprend au petit déjeuner. C’est Michel Jeury. Il n’arrive pas à joindre Sylvie Lainé. Le Monde vient de publier sa nouvelle, Thérapie douce. Comme j’habite à 150 mètres je lui dis que je vais voir si Sylvie est là. Au passage je m’arrête au tabac, sur la place des Terreaux, juste en dessous de chez elle. Je parcours le numéro du Monde. Il y a bien sa nouvelle. J’en achète 6 exemplaires. Et monte les étages. Je sonne. Au bout d’un moment j’entends du bruit. « Oui ? », « C’est Markus ». Elle ouvre, toute ensommeillée. Je tiens les exemplaires du monde contre ma poitrine. « Qu’est qui se passe ? C’est la fin du monde ? » Moi, riant « Non, pas vraiment. » Puis je vois ses yeux s’agrandirent et un sourire apparait sur ses lèvres. « Non ! Ne me dis pas… » « Si… » « Entre, je vais préparer un café. » Elle s’assied sur le canapé et regarde l’exemplaire qu’elle a entre les mains. Je lui explique que Michel Jeury a essayé de la joindre. « J’avais décroché mon téléphone. » Aussitôt elle appelle Michel. Bla bla bla… pendant plus d’un quart d’heure. Puis elle appelle sa mère. Re bla bla bla. Raccroche enfin. Elle se tourne vers moi « Il faut que je descende acheter des exemplaires ». Je lui tends mes 5 exemplaires. « Je les ai achetés pour toi. » « Je vais faire du café. » Elle se dirige enfin vers la cuisine. Voilà un café qui se sera bien fait attendre ! D’autant plus que je suis parti de chez moi en ayant à peine entamé mon petit déjeuner.
En novembre c’est le grand clash avec mon associé et je quitte définitivement la boutique. Avec l’aide d’un client je me mets aussitôt en quête d’un nouveau local.