Les jumeaux et le monde en guerre 4
Le Super Nautile se posa sur la grand place d’un village qui ressemblait beaucoup à un village terrien, avec des maisons en pierre, aux toits d’un étrange bleu nuit. Ils avaient atterri du côté bleu de la planète.
— Mais, constata Siam, en observant les indigènes, ils sont comme leur planète !
En effet, sur la place et dans les rues avoisinantes, divers individus vaquaient à leurs occupations et leur peau était soit bleue, soit rouge. Ils étaient aussi grands que les habitants de la Terre et portaient des vêtements semblables aux nôtres, mais avec des gros boutons rouges ou bleus cousus un peu partout. Même sur leurs chaussures et leurs chapeaux. Les habitants de Khamsa, faut-il le préciser, adorent les gros boutons rouges et bleus.
— Regarde, dit Yanis, certains sont en armes. On dirait qu’une guerre se prépare.
En effet presque tous les hommes qu’on apercevait dans les rues du village portaient des armures ou bien étaient armés, qui d’une épée, qui d’une batte de baseball ou d’une batterie de casseroles, ou encore d’une canne à pêche. Comme disaient les habitants de Khamsa : « À la guerre comme à la guerre. On fait avec ce qu’on a sous la main ».
Sous un arbre, pas très loin de leur véhicule, Siam remarqua une femme à la peau bleue qui s’essuyait les yeux de son mouchoir.
— On dirait qu’elle pleure, remarqua la jeune terrienne. Allons voir ce qui se passe.
Avant de s’éloigner du véhicule, Yanis s’assura qu’il avait toujours son stylo à tout faire dans sa poche. Ce n’était pas le moment de le perdre.
— Que vous arrive-t-il ? demanda Siam, en s’approchant de l’inconnue. Pourquoi pleurez-vous ?
La femme répondit d’une petite voix, prononçant des mots incompréhensibles pour les deux terriens.
Yanis sortit aussitôt le stylo de sa poche et appuya sur le bouton doré. Siam approuva d’un sourire l’initiative de son frère et posa de nouveau sa question.
Cette fois les enfants comprirent sans difficulté les paroles de l’inconnue. Le traducteur automatique fonctionnait à merveille.
— Nos hommes sont devenus fous. Ils se sont déclarés la guerre. Les hombleus estimant qu’ils doivent diriger notre monde, les homrouges affirmant le contraire. Chacun soutenant que la couleur de sa peau lui donne la supériorité sur l’autre.
« Décidément, » pensa Yanis, « les guerres se déclenchent toujours pour les mêmes raisons idiotes, quel que soit l’endroit de l’univers. Comme si une couleur de peau pouvait avoir plus d’importance que n’importe quelle autre. »
— Personne parmi nous, pauvres femrouges ou fembleues, ne sait comment s’y prendre pour empêcher la guerre qui menace.
— On peut leur parler, proposa Yanis. Peut-être nous écouteront-ils.
— Je les connais, répondit la fembleue. Ils feront la sourde oreille, aussi bien d’un côté que de l’autre. Ils sont décidés à se battre jusqu’au bout pour défendre leurs idées.
Juste à ce moment-là des cris leur parvinrent, venant du Nord et du Sud, de l’Est et de l’Ouest. Puis on entendit le choc d’armes frappant l’une contre l’autre. Les bongs des casseroles cognant des têtes dures et les clangs des épées frappant des couvercles faisant office de boucliers étaient entrecoupés de cris à vous donner des cauchemars pour le restant de vos jours :
— Ouille !
— Pitié !
— Non, pas sur la tête.
Ce dernier cri généralement suivit d’un bong plus violent que les précédents.
