Radio Skrouik ne répond plus
Chroniques de la Vallée
3ème épisode
Le 16 septembre, en début d’après-midi, Radio Skrouik cessa d’émettre. Le silence le plus absolu s’abattit sur la salle du café de la Vallée et la vingtaine de consommateurs de Pistaga regarda la radio avec étonnement.
— Ben, il est en panne ton poste ou c’est la guerre, demanda Jacotet, l’ainé.
— Il marche, mon poste, répondit le patron en triturant le bouton pour se déplacer en vain sur les 3 longueurs d’onde.
Il remit le curseur sur sa position habituelle. Juste au moment ou Fernand, le charpentier, entra pour nous annoncer la nouvelle que nous connaissions déjà :
— Radio Skrouik a disparu.
Nous ne pouvions perdre ainsi notre lien avec le reste du monde, même s’il était des plus ténus. Nous étions tous abattus et l’ambiance du café était devenue lourde, comme si nos vies avaient perdu leur sens. Sans que nous nous en rendions compte Radio Skrouik était devenue notre vie, notre raison de vivre.
Dans la soirée il y eut trois suicides.
Le lendemain, au réveil, toujours pas de radio Skrouik. La Vallée paraissait morte Au café il n’y avait qu’une demi douzaines d’habitués. L’épicier n’avait pas ouvert.
A 15 heures Jacotet, l’ainé, s’installa a sa table habituelle.
— C’est la guerre, décréta-t’il. Ils ont bombardé l’émetteur, ça ne fait pas de doute.
Personne ne dit mot.
Ce jour là sept personnes mirent fin à leur vie, dans le silence le plus complet.
Le lendemain, au lever du jour, 742 postes à lampes s’allumèrent sur Radio Skrouik : skrouiiiiiiik bzzzzzzzzzzzzzzzz skrouik zzzzzzzzz skrouiiiiiik, entendait-on gazouiller partout dans la vallée. La vie reprenait son cours. La Vallée etait sauvée.
Jamais nous ne sûmes ce qui s’était réellement passé. Et pour parfaire cette journée, Jo, le patron du Café de la Vallée, nous offrit plusieurs tournées de Pistaga.
