Radio Skrouik change de discours
Chroniques de la Vallée
4ème épisode
Quelle ne fut pas la surprises des habitants de la Vallée, au matin du 22 septembre, d’entendre sur radio Skrouik un message inhabituel. En effet, dès leur réveil ils eurent droit à bzzzzzzzzzzzzzzzz skrouiiiiiiik skrouik zzzzzzzzz bzzzzzzzzzzzzzzzz skrouiiiiiik au lieu du classique skrouiiiiiiik bzzzzzzzzzzzzzzzz skrouik zzzzzzzzz skrouiiiiiik.
Une réunion se tint sur la grand place, vers 10h.
— Radio Skrouik est déréglée, constata Hubert, le cantonnier.
— Comment va-t-on faire pour la réparer ? s’inquiéta la petite Maryvonne.
— C’est la guerre, affirma Jacotet, l’ainé en dressant sa canne vers le ciel.
Après quoi tout le monde se dirigea vers le café de la Vallée. Jo le patron nous attendait en essuyant ses tables. Sur le comptoir un énorme poste diffusait le nouveau message de radio Skrouik : bzzzzzzzzzzzzzzzz skrouiiiiiiik skrouik zzzzzzzzz bzzzzzzzzzzzzzzzz skrouiiiiiik.
— Je trouve ça lugubre, déclara Fernand, le charpentier. L’ancien radio Skrouik avait un ton plus sympathique.
Tout le monde approuva d’un hochement de tête, tandis que Jo remplissait nos verres.
Notre charpentier avait parfaitement souligné le problème. Il y avait désormais deux radio Skrouik. La notre, la vraie, désormais l’ancienne et cette nouvelle que nous rejetions en bloc. Ou du moins presque tous.
— Laissons lui sa chance, dit Anselme Charbonneau. Peut-être finirons nous par nous y habituer.
Quelques dizaines de regards noirs se posèrent sur lui.
Il leva la main, en signe d’apaisement.
— Mettons que je n’ai rien dit. Jamais nous ne pourrons nous y faire…
— Nous n’avons qu’à éteindre nos postes, dit le cantonnier.
— Et comment saurons nous si notre radio Skrouik revient ?
Un long, un très long silence suivit ces paroles. Plusieurs tournées de pistaga ne suffirent pas à nous remonter le morale.
bzzzzzzzzzzzzzzzz skrouiiiiiiik skrouik zzzzzzzzz bzzzzzzzzzzzzzzzz skrouiiiiiik.
C’était fini. Radio Skrouik nous avait abandonné et plus jamais la Vallée ne serait la même.
Avec la venue de la nuit tout le monde regagna ses pénates et un silence inhabituel noya la Vallée.
