Radio Skrouik annonce
Chroniques de la Vallée
2ème épisode
Skrouiiiiik. Ecoutez attentivement notre station. Un message vous parviendra bientôt. Bzzzzzzzz skrouiiik…
C’est le facteur qui était venu nous apporter l’information, au Café de la Vallée. Nous étions une vingtaine, autour de quelques tables, à siroter en silence nos verres de pistaga, un mauvais alcool de pissenlit.
— Vous n’allez pas me croire, avait-il annoncé, à bout de souffle. Radio Skrouik a parlé… Enfin, je veux dire qu’elle à prononcé plus d’un mot. Deux phrases entières.
L’assistance buvait ses paroles.
— Deux phrases entières, avait répété le tenancier, en lui servant un verre.
— Oui, deux phrases. « Ecoutez attentivement notre station. Un message vous parviendra bientôt. «
— C’est la guerre ? avait demandé Jacotet, l’ainé.
Tout en attaquant son deuxième verre, le facteur a annoncé :
— J’ai failli oublié. Nous ne sommes plus que 752. Bébert, nous a quitté cette nuit, dans son sommeil.
Quelques minutes plus tard Gaspard, le fils de l’épicier, nous a rapporté la même information. Jo, le patron du café, a offert une tournée de pistaga.
Dans l’après midi madame veuve Coudrian réussit a enregistrer le message sur son énorme magnétophone à bandes, hérité de ses grands-parents. Ce fut la ruée chez elle pour écouter les bonnes paroles de radio Skrouik.
C’était un évènement. C’était la première fois que toute la vallée pouvait entendre quelques mots de la part de notre unique station de radio. Divers groupes se sont formés sur la place pour discuter de cet énigmatique annonce. Chacun y allait de ses supputations sur ce fameux message.
— La pluie arrive, décréta Anselme Charbonneau.
Ici, personne, de mémoire d’homme ou de femme, n’avait jamais vu tomber la moindre goutte.
— C’est la mobilisation ! annonça Jacotet, l’ainé, qui ne pensait qu’à la guerre.
Des centaines d’hypothèses jaillirent jusqu’à l’heure de se coucher. Puis le lendemain et le surlendemain. Jusqu’à ce que tout le monde compris que jamais le message de radio Skrouik ne nous parviendrait. Jamais la révélation n’arriverait jusqu’à nous.
