La tempête courbe nos demeures

Ombres et lumières. Photo Michel Léger.

Ombres et lumières. Photo Michel Léger.

 

En ce moment la tempête courbe nos demeures et nous attendons la fin des offrandes.

Les arpenteurs et les cartographes sont partis juste avant les premiers orages. Leur mission sera longue. Jani les accompagne. Elle doit achever son rite d’évolution.

De nos douleurs et de nos pleurs, nous l’accompagnons dans son accomplissement. Car celle que nous avons connue jusqu’ici n’est déjà plus.

Ils sont huit. De leurs traits nous ignorons presque tout, car d’amples capuches couvrent leurs visages. Les fines vagues de sable qui courent sous leurs pieds rendent leur marche épuisante. Souvent ils s’arrêtent, profitant de leur pose pour déballer leurs instruments de mesures et établir quelques relevés topographiques. Les tempêtes balaient régulièrement la surface de Monde, modelant sans cesse de nouvelles formes, creusant des vallées jusque là inconnue ou dressant des collines et parfois des montagnes qui semblent vouloir conquérir les nues.

A chaque instant le paysage change. Une partie de la végétation se déplace avec le sable. Parfois les maisons glissent elles aussi sur cette surface mouvante. En dessous du sable il n’y a que les lourdes feuilles de grès schiste, dont la gamme de couleurs s’étend du beige au brun sombre, suivant la dureté du sol. Mais il est impossible de creuser dans ces plaques dont chacune s’étend sur des milliers d’hectares. Les incessants mouvements tectoniques alliés au déplacement du sable métamorphosent Monde à chaque seconde. Les lacs eux-mêmes, souvent, suivent le mouvement de l’ensemble et leurs contours se transforment, parfois leur superficie aussi.

 

Aujourd’hui les vents sont venus. La mer est colère. C’est d’elle que vient la vie. C’est à elle que nous retournons quand vient la fin.

Une nouvelle équipe de topographes est partie. Joam et Lian sont avec eux. Leur rite de transgression se précise. 

De tous nos sens en éveil, nous  accompagnons leur progression. Car ce passage est difficile. Nous ne les reverrons plus. Un transgressif ne revient jamais chez les siens. Telle est la loi des maisons.

 

Le temps des dissolutions est venu. Les cartographes ont établis de nombreux relevés. Les maisons ont officialisé les nouvelles cartes. Désormais les anciens documents sont caduques et ne sortiront plus du domaine des archivistes.

De nouveaux travaux sont déjà définis. Il est temps de délimiter les nouveaux territoires.

 

L’astrolabe des nerfs-vents sera utile pour définir le sens de leur progression. La tempête arrive.

 

Aujourd’hui Mère a demandé :

- Quelle tempête fait-il ?

- Sable en tourbillons, à dit Janneke, et Roke a approuvé.

Sur le calendrier des jours, Mère a  marqué Tourbillons.

 

Le sable bouge toujours. Le sable glisse, le sable rampe. Encore… Toujours… Et les demeures s’en vont avec le sable, souvent pour ne jamais revenir. Et les arbres aussi fuient la tempête. Cette tempête qui n’en finit jamais de parcourir la surface de Monde.

 

Markus Leicht

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