Expressions et phrases vicieuses

De temps en temps je parcours le web à la recherche de livres rares, de livres curieux. Le Projet Gutenberg à mis récemment en ligne ce DICTIONNAIRE GRAMMATICAL DU MAUVAIS LANGAGE, OU RECUEIL Des expressions et des phrases vicieuses usitées en France, et notamment à Lyon.

 

«Il est nécessaire d’étudier les défauts de langage et de prononciation qui sont particuliers à chaque province et quelquefois même aux villes qui se piquent le plus de politesse, pour les faire éviter aux enfants.»
Rollin, Traité des études.

Cet ouvrage écrit par Étienne Molard, Instituteur, est paru en 1803. Avec le passage du temps il a gagné en saveur. En voici des bouts :

Assassineur. Dites, assassin. Le peuple dit quelquefois, il a commis un assassin, au lieu de dire, assassinat; et en fait de langage, il y a bien des gens qui sont peuple.

Aucuns. Ce mot ne prend jamais de pluriel; il signifie pas un. Racine a fait une faute, en disant dans Phedre:

Aucuns monstres par moi domptés jusqu’aujourd’hui,
Ne m’ont acquis le droit de faillir comme lui.

Ce pronom indéfini prenoit autrefois le pluriel. On s’en sert encore ainsi dans les actes.

Baignoir. Vaisseau pour les bains privés; il ne faut pas dire, un baignoir, mais une baignoire. Le baignoir est le lieu où l’on baigne, mais non pas un vaisseau de bois, de tôle ou de cuivre.

Beche. Petit bateau. Ce mot désigne les bateaux qui sont sur la Saône, et qui sont couverts d’une toile; dites, batelet, s. m.: passer la riviere dans un batelet.

Bugnes. Sorte de pâte à l’huile; dites, beugnes, s. f.: de bonnes beugnes.
Note de Markus : l’usage à finit par triompher. Maintenant tout le monde dit bugnes.

Cabosser. Déformer, v.: il a cabossé la boîte de sa montre. Ce mot est un vrai barbarisme; dites, bossuerbossuer des assiettes d’argent.

Caffard. Insecte hideux, qui se tient ordinairement dans la farine et s’en nourrit; dites, blate, s. f.

Catolle. Sorte de tourniquet en bois; dites, birloir, s. m.; le birloir de ce châssis s’est détaché.

Courir. Ce verbe n’adopte que l’auxiliaire avoir: il y a couru; de là une faute dans ce vers de Racine: Il en étoit sorti, lorsque j’y suis couru.

Il faudroit, lorsque j’y ai couru.

Je vous laisse découvrir le reste par vous-même…

 

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