Demain, le néant des imprimés

Je fais partie d’une génération qui a été élevée au roman populaire.

Il faut dire que dans les années 60 la télévision n’était pas aussi présente qu’aujourd’hui.

Et puis il n’y avait pas l’informatique et internet pour bouffer une partie de notre temps et, il faut bien l’avouer, nous ne vivions pas au même rythme qu’en ce début de 21ème siècle.

C’était bien avant Star Wars.

Ben oui, aussi incroyable que cela puisse paraître, il y a encore parmi nous des malheureux qui ont vécu sans La guerre des étoiles.

Quand on pense que les mêmes ne connaissaient pas le mp3 et le DVD.

J’en sais quelque chose, j’ai fait partie de ces malheureux. Pauvre de moi !

Comment pouvions-nous vivre sans les bienfaits de l’informatique et de l’internet ?

Fort heureusement, dans ces années d’obscurantisme technologique il existait des livres, il existait un éditeur. En fait je crois me souvenir qu’il en existait même plusieurs, mais un seul nous intéressait : Marabout et ses gros livres pas chers.

Un éditeur qui avait soigneusement préparé le terrain, dans les années 50, avec les aventures de Bob Morane. C’est ainsi que nous découvrîmes les exploits de Rocambole, de Ponson du Terrail (8 volumes) ou les Habits Noirs (7 bouquins bien denses) de Paul Féval. Et un peu après les aventures plus modernes de Harry Dickson, de Jean Ray.

Si on connaît encore un peu Jean Ray, aujourd’hui, Ponson du Terail et Paul Féval ne font plus recettes.
La TV a pris le relais, avec ses séries souvent assez ternes, et le cinéma est en train de perdre la magie de l’histoire au profit d’effets spéciaux de plus en plus sophistiqués.

Nous vivons de plus en plus vite et le merveilleux finit par s’estomper devant une technologie de plus en plus omniprésente, là ou cette même technologie aurait pu servir de support au rêve.

Parfois quelques inconscients, profitant de la technologie, ramènent des bouts de préhistoires dans notre présent, comme pour le parasiter. Ainsi lira-t-on quelques oeuvres en ligne, quelques-uns de ces romans qui furent d’une certaine manière, nos star wars à nous :

– de Paul Féval :

Les Habits Noirs
Les Habits Noirs 2 : Coeur d’acier

La fabrique de crimes

D’autres titres sur le site de la Bibliothèque électronique du Québec.

 

– d’Alexandre Dumas :
Robin Hood, le prince des voleurs
Robin Hood, le proscrit

 

– de Ponson du terrail
Le serment des hommes rouges

Il s’agit du dernier roman de Ponson du Terrail, terminé par Charles Chincholle et Georges Grison.

Il faut en profiter. Bientôt plus personne ne lira. Plus personne ne saura ce qu’est un livre.

 

Albert Robida (qui fut sans doute un bien plus grand visionnaire que Jules Verne, bien que moins connu) et Octave Uzanne, disaient à la fin du XIXème siècle, dans La fin des livres (attention il s’agit d’un fichier zippé à télécharger. L’introduction est en anglais mais le texte est en français) :

 

Il faut que les livres disparaissent ou qu’ils nous engloutissent; j’ai calculé qu’il paraît dans le monde entier quatre-vingts à cent mille ouvrages par an, qui tirés à mille en moyenne font plus de cent millions d’exemplaires, dont la plupart ne contiennent que les plus grandes extravagances et les plus folles chimères et ne propagent que préjugés et erreurs. Par notre état social, nous sommes obligés d’entendre tous les jours bien des sottises; un peu plus, un peu moins, ce ne sera pas dans la suite un bien gros excédent de souffrance, mais quel bonheur de n’avoir plus à en lire et de pouvoir enfin fermer ses yeux sur le néant des imprimés !

 

 

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