Un exorcisme, rituel un : Comme une bête, de Philip José Farmer

Lors du premier festival de science-fiction auquel je participais, celui de Metz, en 1976, il était beaucoup question des derniers romans de Philip José Farmer, publiés dans la collection Chute Libre. Les avis étaient alors très partagés. Pour les uns Farmer n'écrivait plus que du porno. Pour d'autres ça restait de la bonne littérature populaire, du Farmer comme on l'aime bien. Et puis il y avait ceux qui décrétaient tout de go qu'il ne liraient plus jamais un roman de l'auteur. A l'époque nous n'étions pas nombreux à prendre position pour l'auteur d'Une bourrée pastorale, de La jungle nue ou de Comme une bête.

Trente ans après, Comme une bête, écrit au départ pour un éditeur de romans pornos, Brandon House, apparaît moins provocateur, même si ce n'est sans doute pas une oeuvre à mettre entre toutes les mains.
 
Depuis, Buckowski, Ellroy, Easton Ellis, Spinrad, Ballard et d'autres sont passés par là, et le sexe à pris plus d'importance dans la Littérature, y compris dans les littératures de genre.
 
A l'époque on avait surtout retenu du livre l'aspect pornographique. Avec le recul on s'aperçoit qu'en dehors des scènes de sexe, très inégales – sauf celle avec Vivienne Macbrough, la femme qui avait dans le vagin un serpent à tête d'homme – on a du vrai Farmer, bourré, comme c'est souvent le cas chez l'auteur, de références littéraires et cinématographiques. Ce n'est pas sans raison que son héros s'appelle Harald Childe et resssemble à Lord Byron, comme l'apprendra d'ailleurs le lecteur dans le second volet (Gare à la Bête) de cette trilogie des exorcismes.
 
Dans un Los Angeles surpollué Harald Childe, détective privé, enquête sur la mort étrange et horrible de son associé. L'intrigue progresse dans un premier temps à travers une série de rencontres : flics, marginaux, collectionneur (sans doute inspiré par Forrest J. Ackerman) et personnages étranges. Construit comme un polar noir le roman bascule dans son dernier tiers dans le fantastique le plus pur (plus ou moins matiné de SF). On pense à Malpertuis, de Jean Ray, qui aurait fusionné avec Le château de Cène, de Bernard Noël, le tout assaisonné d'une pointe de La vierge de glace, de Marc Behm. Dans cette dernière partie Farmer débride son récit, qui se déroule entièrement dans l'immense propriété, aux innombrables passages secrets, du baron Igescu, énigmatique personnage qui ressemble fort à un vampire. Mêlant roman gothique et pornographie sur un rythme des plus soutenus.
 
Si le roman en lui même est excellent, la première partie se perd parfois dans les déambulation de son héros lui-même perdu dans une étrange enquête, dont les tenants et les aboutissants semblent échapper à tout le monde, y compris l'auteur, alors que la dernière partie est vraiment menée au pas de course. Et le très intrigant chapître avec Vivienne Macbrough peut sans mal se classer parmi les chefs d'oeuvres de la littérature érotico-porno. Le personnage prend d'ailleurs plus d'importance dans Gare à la bête, dont la réédition est annoncée pour bientôt, chez le même éditeur.
 
Une affaire à suivre, donc…

 

Un exorcisme, rituel un : Comme une bête, de Philip José Farmer. Editions Le Jardin des livres. 21 euros.

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