L.G., une aventure des années 60, de George Pérec

"Les rapports de la littérature et de la révolution n'ont jamais été simples. Le tort de la littérature engagée est d'avoir cru qu'ils l'étaient. Son échec n'est pas imputable au talent des auteurs, mais à la conception qu'ils se faisaient de la littérature : leurs oeuvres témoignaient d'un désir évident mais vain d'emporter des adhésions immédiates, de balayer des préjugés, d'entraîner des convictions : la littérature était une continuation de la politique : l'on voulait convaincre et seulement convaincre. La politique n'avait pas grand chose à y gagner, et la littérature avait tout à y perdre…"
 
Non, il ne s'agit pas d'une critique de la nouvelle science-fiction politique française de la fin des années 70, mais d'un extrait d'un article de Pérec intitulé "POUR UNE LITTERATURE REALISTE", daté du début des années 60. Il fut écrit pour une revue qui ne vit jamais le jour : LA LIGNE GENERALE. Les lecteurs cinéphiles auront reconnu là le titre d'un film d'Eisenstein.
 
C'est l'ensemble des textes que Pérec écrivit pour cette revue que reprend ce recueil. La vous commencez à vous inquiéter. Ça y est, Markus est fou. Il voit de la SF partout.
 
Vous n'y êtes pas du tout. Et voilà en quoi cet ouvrage nous intéresse : ce volume reprend un article de 25 pages, intitulé L'UNIVERS DE LA SCIENCE-FICTION. Article paru en 1963, dans le n°10 de Partisans. 
 
Vu la date de parution il est aisé de deviner que cet article porte sur une analyse de l'essai de Kingsley Amis, paru chez Payot. En fait Pérec torche celui-ci en quelques pages pour tenter à son tour de cerner la science-fiction. Trente ans après la parution de cet article, les idées exprimées ici peuvent paraître naïves, mais une bonne partie des propos de Pérec reste d'actualité et ses critiques de quelques classiques du genre sont souvent pertinentes : " Fondation, d'Isaac Asimov, déroule des perspectives souvent impressionnantes avec une pénurie de moyens souvent affligeants."
 
Dans la dernière partie, Pérec analyse comment, à partir des idées véhiculées par la SF des années 50 on en est arrivé à la revue PLANETE, de Pauwels. "Chaque numéro de Planète nous plonge dans des univers obscurantistes et crétinisants sensiblement inférieur au niveau mental des aventures de Superman ou de Mandrake, remplacés ici par Teilhard de Chardin et Alfred Korzybski".
 
On se souviendra qu'à l'époque, Fiction refusa de se pencher sur le cas de Planète, sinon pour célébrer sa naissance dans un article de plusieurs pages extrêmement ambigüe. Alors que deux ans auparavant Gérard Klein et Francis Carsac dénonçaient violemment LE MATIN DES MAGICIENS, l'ouvrage qui fut à la base du mouvement Planète, dans les pages de ce même Fiction.
 
Dans cette période de crise science-fictionnelle Pérec nous offre par dela le temps un regard lucide et rafraîchissant qui nous fait regretter la disparition des grands critiques de SF et même des grands critiques tout court.
 

L.G., une aventure des années 60, de George Pérec. Seuil/La librairie du XXe siècle.

Image : affiche du film d'Eisenstein : La Ligne Générale.

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